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Publié par IRCE - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

Le 20 décembre avait lieu, au palais des congrès de DIjon, un concert intitulé "un Noel hongrois" joué par l'Orchestre Dijon Bourgogne. Il était soutenu par l'IRCE de par le voyage à travers l'Europe qu'il faisait découvrir, à l'image du parcours du nouveau et talentueux jeune chef hongrois. A cet effet, la direction d'orchestre avait distribué des programmes et des textes en français et nous avions distribué un livret sur l'Europe uniquement couvert de symboles et de cartes appelé "unis dans la diversité" édité par la Commission européenne et dont la légende, en français, figure sur le site de l'IRCE. Au delà de l'exceptionnelle représentation à laquelle nous avons assisté sur des morceaux de Bizet, Kodaly, Elgar et Haydn, un événement, qui n'était pas un détail, méritait d'être souligné sur cet essai de démocratisation musicale qui a assez bien rassemblé étant donné que les spectateurs, non mélomanes avertis, applaudissaient entre les sous-parties.

Après être arrivé devant ses musiciens, le chef a pris la parole ... en anglais et a tout de suite été repris du fond de la salle par une personne qui lui a crié "ici, on est en France" avant de partir nerveusement oubliant que la musique adoucit les moeurs. Une sorte de chape de plomb s'est abattue sur l'orchestre et la salle pendant quelques secondes mais le chef a continué son introduction, encouragé par la salle et a conclu par quelques mots en français. Au cours de l'entracte, le directeur général de l'orchestre s'est exprimé sur la dimension européenne que nous avions décidé de donner à cette représentation. Il a rajouté que le spectateur avait tord, que la France était en Europe et s'est fait largement applaudir. Pensait-il donc que l'anglais était un vecteur naturel pour tout le monde comme peut l'être la musique ?

Je ne vais pas le contredire étant donné que je suis reconnu comme étant plus européen que français quand je milite pour "une Europe dont la France" et non "quelle Europe pour la France" et que je ne m'empêche pas de vanter les mérites de tous les modèles du moment que c'est bon pour l'Europe, comme le réclame la Commission européenne dans les appels à projets. "Unie dans la diversité" en fera sa force. Je ne le fais pas forcément en militant pour une langue commune et universelle, même si ce scénario est idéal pour travailler ensemble. Nous ne devons pas abandonner nos spécificités et autres langues nationales mais justement les conserver mais avec relativité et tolérance commune.

En tant qu'expert en management et avec un oeil extérieur, je dirai que l'incident ne serait pas arrivé si l'événement avait été mieux encadré notamment sur une traduction de circonstance excusant le chef de ne pas encore parler français car non, tout le monde ne parle pas anglais. Si l'orchestre et son directeur connaissaient les réels efforts du chef pour parler français, le public, lui, ne le savait pas et apparemment pas ce spectateur qui avait payé sa place et s'est senti dominé et contraint alors qu'il venait passer un bon moment. Peut-être a-t-il cru qu'il devait faire effort et devoir aussi parler anglais pour écouter la musique ? Mais il avait aussi raison car nous sommes en France et si l'Europe doit être forte de sa diversité et non l'utiliser comme prétexte pour ne pas fonctionner. Nous pouvons prendre la bonne porte d'entrée pour chacun car à travers les ages car l'Europe n'est pas comprise par tous de la même façon. Jouer à Paris n'est pas jouer à DIjon même s'il faut faire rayonner l'Europe des régions. Un orchestre est très hiérarchisé et souvent syndicalisé et cet événement aurait pu déstabiliser l'orchestre et son chef, qui se connaissaient peu, s'ils n'avaient pas été en osmose de compétence dès les répétitions auxquelles j'ai assisté mais il n'y a sans doute pas pensé. Je pense même que cet événement les a sans doute encore plus soudés pour lâcher prise lors du spectacle. Ce qui intéressait l'orchestre était jouer de la bonne musique. Ce qui intéressait sans doute l'auditeur, c'était déjà que nous soyons à sa portée, ou alors y avait-il un élément caché même de politique, d'assimilation de la musique aux désagréments des règlements et directives instituées par l'Union à son encontre ? Ou alors était-il plus idéologiquement conservateur que les Anglais (qui sont libéraux économiquement). Mais sans doute aussi était-il le seul car la majorité des participants (voire toute la salle) a ensuite applaudit. En fait voulait-il réclamer que le chef soit Français ? Mais donc nos chefs français ne seraient-ils pas acceptés en Hongrie ? Et si le chef avait parlé hongrois ? serait-il venu ? A-t-il eu besoin de sa langue pour surclasser le concours des jeunes chefs de Besançon ? Il aurait aussi pu parler allemand qui est très répandu dans l'est de l'Europe et est désormais la seconde langue la plus parlée en Europe. Mais il faut l'analyser au second degré : ce n'est pas parce qu'elle l'est plus dans les pays fondateurs mais parce que l'Europe s'est agrandie ! Que dire des joueurs de football qui bien entendu sont là pour jouer au ballon et non pour parler même s'ils doivent le faire également pour être compris et connus de leur public. Que dire de nos entreprises qui veulent aussi se faire reconnaitre à leur juste valeur en Europe et ne pas, ne plus subir les marchés "réservés" dans certains pays si nous nous comportons ainsi face les leurs ? Nous oeuvrons pour ce grand marché que vous réclamez tous mais nous n'avons pas de baguette magique qui nous permet de le faire. Prenez-en conscience !

Cet exemple est caractéristique de l'environnement européen où les acteurs savent finalement assez bien travailler ensemble mais sont souvent confrontés à certaines perturbations internes et externes - souvent légitimes - comme nous l'avons vu pour l'essai de constitution. L'Europe est aussi ainsi faite. J'ai oeuvré à l'OTAN, dans les programmes internationaux, dans l'humanitaire, dans les institutions européennes et l'objectif est souvent commun avec des différences à surmonter pour mieux en comprendre les forces. Oui la langue généralement utilisée en l'anglais mais 25 langues de travail sont possibles à Bruxelles et Strasbourg avec des documents restant souvent uniquement en anglais. Après nos discussions communes, il était fréquent que nous parlions en aparté en allemand, espagnol, italien... La Cour européenne de justice ne travaille principalement qu'en Français étant donné le caractère juridique pointu de cette langue que nous utilisons comme support pour les accords internationaux. Les deux langues officielles à l'OTAN sont le Français et l'Anglais. Devons nous parler la langue de ceux dont on a toujours dit qu'ils ne voulaient pas de l'Europe, mais de quelle Europe en fait ? Il en est de même pour les pays de l'Est qui ont leur vision de l'Europe et ont été européen dès le début. Est-ce pour cela qu'ils ne veulent pas de l'anglais ? Non car ils sont proches des Etatsuniens (Américains) qui ont failli parler Français à une voix près ! L'Europe que nous connaissons est née pour faire taire les canons entre la France et l'Allemagne mais elle a vite pris une dimension économique dominée désormais par l'anglais. D'ailleurs, devons nous parler de langue anglaise ou plutôt de langue internationale étant donné que davantage de monde la parle que les Anglais, ou les Britanniques eux-mêmes ? Cela réduirait certainement les égos et les rancoeurs. Le Français n'aime pas parler anglais soit par manque d'apprentissage, soit à cause de l'histoire et n'oublie pas que l'ennemi héréditaire n'est pas l'Allemand. Mais de l'autre coté de la manche et meme à Guernesey, le Français n'est pas apprécié non plus, de même que dans certains réseaux sociaux internationaux que je pratique. Enfin, on peut reconnaitre que les cousins Allemands et Britanniques, disons plutôt Anglais, parlent "anglosaxons" plus facilement , l'Allemand étant encore parlé à la Cour de Londres au début de la seconde guerre mondiale.

Dans les affaires, nous essayons de parler anglais au Royaume Uni et français en France. il m'est arrivé aussi en France d'être obligé de commencer une réunion en anglais sous prétexte qu'un seul des participants parlait anglais, non sans avoir sorti un "joke" le concernant.... Faut-il lutter ou s'adapter en interdépendance en en faisant le deuil ? Et qu'en est-il chez les autres ? Mrs Thatcher n'avait certainement pas prévu que Londres deviendrait la 6° ville française avec le tunnel sous la manche. Les Britanniques vont peut-être enfin changer d'avis sur les Froggies ? On reproche au Français qu'il ne parle pas anglais et ne rédige pas ses contrats en anglais. Mais la PME polonaise ou espagnole le fait-elle ? Souvenons-nous qu'avant le monde parlait Français et était obligé de le faire. Les traités internationaux étaient en français jusqu'en 1918, date à laquelle les états-uniens sont venus nous donner main forte de façon décisive (Lafayette nous voilà !). N'oublions pas non plus que le français a créé son moule dans les tranchées de la grande guerre, ni qu'en Chine, les traductions sont franco-chinoises sans forcément passer par l'anglais...sans doute aussi un deuil de Hong Kong mal géré ?


Nous devons défendre la langue française mais c'est sans doute en acceptant mieux l'anglais, ou plutôt la nouvelle langue internationale, que les européens parlerons français, adhérerons à nos idées européennes et que nous comprendrons les leurs. L'Europe passe par la tolérance et la confiance, à travers la dimension humaine et historique et passe aussi par la musique ou le sport qui sont des liens passant au delà du langage, même si l'orchestre allemand est disposé autrement que le français !

L'IRCE travaillera dès 2014 en français, anglais et en allemand

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