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Publié par IRCE - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

Article de 2014

Il est souvent bonifiant d’aller regarder autour de soi pour créer son blason, élaborer sa devise et sa force motrice, regarder comment on se voit et comment les autres nous voient. La Chine se réveille, fait bouger les lignes, apprend, secoue l’Asie mais également le monde et l’Europe qui devrait parfois changer de lunettes pour prendre mieux conscience qu’il en va d’un enjeu stratégique et non seulement juridique et commercial.

Par François CHARLES
Economiste, Conseil en stratégie et management, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe, ancien expert de l’Asie industrielle de défense et auteur d’articles sur la région (revue de l’armement)

Telle une menace avec laquelle il faut tout de même composer, la Chine provoque une planche à secousse externe et des tensions juridiques, commerciales et technologiques, qui amènent ou doivent amener l’Europe à ouvrir les yeux, appréhender certaines réalités et à se structurer pour mieux se protéger. Les Chinois ne comprennent pas pourquoi l’Europe ne travaille pas mieux et n’est pas plus forte. En attendant ils en profitent. L’avantage de la Chine est qu’elle est un bloc, comme les Etats-Unis alors que l’Europe est un puzzle juridique qui n’a pas encore fait mûrir son image politique. Si l’arsenal juridique existe pour taxer une marchandise quand une entreprise européenne porte plainte, comme BIC ou les porcelaines, le contrôle du respect des normes reste souvent aléatoire. Il faut surveiller la mise en place des règles comme celle de notre marquage CE. Elle est une appréciation technique, apposée après contrôles et dans des champs couverts par des directives applicables, sur une liste de produits garantissant une certaine sécurité alimentaire et sanitaire. Il ne faut pas hésiter à être fermes pour être respectés mais en conservant une certaine interdépendance. Les Chinois apprécieront et s’adapteront. Les accords de libre échange pratiqués avec le reste du monde sont d’une nature différente avec ce pays, qui ne représente également pas toute l’Asie.

La Chine apporte également un regard et une plus value sur notre gouvernance financière et économique. Après avoir créé une dérégulation des marchés mondiaux en bâtissant même des villes pour l’instant inhabitées, rappelant une certaine forme de planification, la Chine qui a créé son agence de notation, avec un regard intéressant sur l’Europe, va peu à peu rentrer dans une première phase de maturité et de solidité financière. Elle lui permettra d’être plus que jamais le banquier du monde à la place du Japon ce qui permettra à l’euro de reprendre un cours normal plus ajusté au dollar, même si certaines mesures ont enfin été prises par la banque européenne pour maintenir une certaine indexation, comme la Suisse l’a réalisée depuis longtemps. L’euro a sauvé le dollar dans sa course folle à la hausse et le yuan sauvera sans doute l’Euro même si nos voisins allemands, qui font encore les cauchemars de Weimar, le veulent le plus fort possible. La Chine voulait investir en haut de bilan dans la gouvernance européenne comme elle le fait avec les Etats-Unis sans comprendre que ce n’était pas encore possible et essaie de le faire de façon bilatérale comme le Qatar. L’Europe vient de réagir en travaillant sur un accord d’investissement européen pour assurer un meilleur accès au marché plutôt qu’un niveau national reconnaissant que les Chinois sont plus forts en bilatéral et peuvent aussi nous diviser. En négociation, le Chinois est plus fort quand il est seul alors que le Japonais aime être en groupe groupe.

Les Chinois peuvent aussi nous aider à ouvrir les yeux pour maintenir une base industrielle. N’oublions que l’objectif chinois reste l’acquisition de technologie pour faire une rupture avec les essais de copiage permanents mais également en terme d’image. Les investissements chinois dans les entreprises sont ciblés et suivent les grandes analyses stratégiques américaines connues depuis les années 1990. Ils nous aident à construire notre blason et notre SWOT où la France est reconnue pour le numérique, l’agriculture, la santé, l’aéronautique et bien entendu le luxe. Ils investissent en France dans les vignes pour le luxe (sans les déplanter) et dans l’automobile, comme le constructeur chinois DONGFENG pour sauver PSA en France mais aussi pour son partenariat déjà reconnu en Chine. Le Chinois est agressif commercialement et regarde le cheval le plus résistant mais est prêt aussi à le sauver s’il a fait ses preuves. En Europe de l’Est, le Point rappelait récemment les projets sur l’énergie en Roumanie et en Bulgarie, les investissements en croissance en Hongrie dans l’informatique et les télécommunications. L’effet de levier est énorme et ils n’en sont qu’à 10 milliards d’investissement avec un triplement tous les trois ans. Ils peuvent aussi limiter les cotés négatifs des fonds structurels, à savoir les cofinancements étatiques liés et donc les emprunts à risque potentiels, par leurs investissements par exemple en Serbie sur les infrastructures. Mais ils se heurtent à une certaine législation sur le travail qu’ils doivent cette fois intégrer. Les Chinois qui ensemencent et reverdissent l’Est de l’Afrique, et qui veulent s’affranchir des cours de Chicago, peuvent aussi nous faire réfléchir sur le renouveau de notre politique agricole commune qui fut la vraie première décision politique de l’Union.
Dans le domaine de la défense et de l’aéronautique, nous sommes habitués aux machines démontées qu’ils pratiquent d’ailleurs encore avec l’Airbus. L’affaire des panneaux solaires est également stratégiquement symbolique. Il est certes plus économique pour l’instant de s’approvisionner en Chine, qui monopolise la découpe des panneaux avec des machines fabriquées en Suisse, mais il n’est pas raisonnable d’oublier la dépendance que nous risquons de subir pour leur maintenance ! Bruxelles et sa chère concurrence doivent réagir aussi en interne pour faciliter cette compétence dans une vraie politique industrielle en favorisant les initiatives collectives, comme elle l’a compris pour les investissements.

La Chine nous montre son modèle, ses limites et apprend vite.

Les chercheurs ont trouvé que les abeilles chinoises tournent deux fois plus que les abeilles européennes pour donner une information mais s’adaptent deux fois plus vite aux méthodes des autres. Cet enseignement semble être souvent le même pour l’homme. Beaucoup de gens commencent à se demander si la Chine va durer alors qu’elle vient de se réveiller. Quand un Chinois gagne deux il consomme un alors qu’un Européen dépense quatre. L’Asie hors indienne n’est pas monolithique et comporte désormais quatre puissances économiques que sont le Japon, la Corée du Sud, dans une certaine mesure Taiwan et enfin la Chine. En Amériques, en dehors de Etats-Unis, on oublie bien souvent le Canada et peu à peu le Brésil et il est désormais courant de parler des Etasuniens. Bien entendu chaque pays d’Europe peut commercer et dialoguer avec chaque grand pays industrialisé car rappelons-nous que l’idée d’Europe n’était pas commerciale au départ. Mais en comprenant cela, l’Europe peut prendre conscience qu’elle peut davantage jouer à armes égales déjà avec la Chine où chaque pays peut aussi montrer sur quelle province il est le plus fort pour les autres et non pour lui-même. Mais attention, s’il est vrai qu’un pékinois ne ressemble pas à un cantonnais et qu’un gars du Texas ne ressemble pas à un californien, ils sont tout de même d’un seul pays, alors qu’un « Européen » sera encore parfois difficile à trouver.

Le Chinois n’est pas bon en langue et passe outre désormais l’anglais dans les relations bilatérales, comme dans les institutions européennes, mais où a contrario bien souvent certains documents ne sont disponibles qu’en anglais sur le site europa. Le Chinois découvre et tente de bousculer les réglementations, notamment européennes sur la qualité mais aussi le travail mais sait rentrer dans le rang jusqu’à la prochaine faille. Il découvre ce que sont les relations humaines devant les réactions et les révoltes en Afrique où la population locale se sent parfois exclue.

La Chine a vite appris les aspects d’intelligence économique de son voisin japonais et nous a envoyé de bons étudiants. Mais en retour elle bloque désormais les nôtres sans doute par « projection » de ce qu’il a à cacher en terme de copie. Ou alors s’agit-il de ses innovations par des technologies acquises chez les autres ou en les faisant venir à la maison pour désormais fabriquer des produits au design chinois. Pendant ce temps l’Europe finance certaines actions « régionales » dont nous ne parvenons pas à en lire les aboutissements.

La Chine est un pays fédéral qui peut aussi nous montrer le chemin puisque l’Allemagne ne le souhaite pas quand on le lui demande. Les régions sont très fortes et autonomes économiquement. L’unité chinoise restera durable tant que l’équilibre fédéral existera, sans doute un message pour l’Europe qui s’y est pris dans l’autre sens. En 1994, l’Etat a voulu imposer certaines régulations mais s’est vite vu contré par les régions qui lui ont demandé de bien vouloir les laisser faire leurs affaires, et de vouloir ne s’occuper que de l’économie, des relations extérieures et de l’armée avec garanties de remontées de taxes. Parfois le gouvernement tente de reprendre positions notamment pour les accords avec d’autres blocs et pour l’environnement. En matière sociale, la Chine détient un SMIC alors que l’Allemagne n’en avait pas encore récemment, permettant une concession pour le moule européen réclamé par RM Barroso. Déjà augmenté de 22% en 2011, tout en restant tout de même vers 180 euros, il comporte des niveaux différents par région. Sa nouvelle hausse prévue va encore faire monter le prix de main d’œuvre, pourra enrayer l’inflation et stimuler le marché intérieur. Elle rapatriera sans doute en Europe certaines fabrications désormais peu rentables et consommatrices de CO2. Savez-vous que des meubles venant de Chine sont fabriqués avec du bois venu de France ? La province de Canton aurait pour ambition de dépasser la Corée du Sud, territoire à sa taille, mais c’est aussi pour ne pas perdre la face vis-à-vis de Shanghai.

Nos régions, plus que nos départements peuvent aussi montrer leur force motrice mais dans une logique nationale et une dynamique européenne incluant aussi l’écologie et le tourisme que les Chinois nous envient au point de penser que nous ne réalisons pas que nous détenons la poule aux œufs d’or. Il existe un Made in China et non un made in Canton ni made in Pékin alors que nous trouvons des Made in Jura et que nous ne sommes pas encore capable de créer un règlement européen sur les marquages d’origine, qui demeurent sous la seule volonté et responsabilité du fabricant ou de l’importateur qui ne doit pas tromper le consommateur. Aucune disposition nationale ou communautaire n’impose cette distinction sauf avec certains produits alimentaires ou agricoles comme nous l’avons vu dans la crise sur les viandes qui montra aussi les failles. Indiquant la provenance, mais pas forcément la composition, le lien n’est donc pas fait avec le marquage CE pourtant technique. Les Chinois connaissent bien chez eux ces aspects sanitaires, ayant eux-mêmes actuellement un problème alimentaire avec le lait dont la France tire d’ailleurs profit de par ses atouts.

Mais elle cherche maintenant à faire respecter son identité dans la région, ce qui peut aussi aider à sauver l’Europe.

Il y a autant d’Asie que de pays en Asie, voire autant de Chine que de provinces en Chine, comme autant d’Europe que de pays en Europe qui peut être riche de sa diversité dans un quasi même bloc. Les deux points communs en Asie sont de ne pas perdre la face et par contre d’avoir une attitude potentielle assez violente sous des airs zen et yin-yang mais exprimée différemment. Depuis des millénaires, la Chine a toujours su rester su ses terres et tenté de les défendre et n’est pas une nation expansionniste et les logiques des grands maîtres guerriers d’avant étaient de trouver toujours l’arrangement. Tibet mis à part, elle s’est retirée immédiatement du Vietnam pendant les guerres « pédagogiques » de 1979 et 1984, contrairement au Japon qui a envahit longuement la Corée du Sud et la Chine en essayant de casser leurs identités. Elle a été occupée d’une certaine façon par l’Europe puis militairement par le Japon, ce que n’a pas été le cas de ce dernier pourtant forcé à ouvrir momentanément ses frontières par les Américains au XIX° siècle puis après 1945 mais qui n’a pas été vaincu sur son sol. La Corée du nord, enfant libre, est dangereuse si on ne la laisse pas vivre en paix. Les relations avec Taiwan étaient inquiétantes dans les années 1990 mais en fait plus bruyantes que sérieuses. Les Chinois n’ont par contre pas fait le deuil des exactions japonaises et attendent un geste alors que les Coréens du Sud ont déjà obtenus des excuses officielles en 2010.

Reste que les frictions militaires avec le Vietnam et le Japon se font de plus en plus insistantes, à la façon d’un enfant adapté rebelle qui a repris confiance par son économie et qui cherche une reconnaissance. La Chine saura sans doute une fois de plus rentrer dans le rang au risque de perdre peut-être tout l’acquis si la Protection de cette Permission de Pouvoir n’est pas assurée (règle des 3P). Sans doute compte-t-elle sur la Russie, avec laquelle, comme dit Jean-Louis Domenach, elle a toujours fait les 400 coups même après déchirements «et toujours avec les flingues sous la table». Elle l’accompagne dans ses décisions à l’ONU, notamment vis-à-vis de la Syrie, sachant bien qu’elle n’est pas vraiment concernée et qu’elle ne s’intéresse qu’à ses intérêts, n’utilisant que 8 fois son droit de veto contrairement à la France. Notons que la Russie n’a toujours pas signé de traité de paix avec le Japon et entretient un litige sur les îles Kouriles. Ce dernier n’attend finalement peut-être que cela pour mettre au grand jour la réalité de ses forces dites d’autodéfense qui désormais interviennent militairement dans le monde avec l’ONU, ainsi que son formidable arsenal militaire reconstitué. Mais la Chine, autrefois pacifique et sage n’aurait elle pas changé depuis que les militaires qui contrôlaient le pays ont découvert le business, la richesse et peut-être l’arrogance ?

La Chine n’en est plus cette fois aux armées des dragons de papier. Elle a su construire une force d’action rapide et améliore ses matériels et le mental de sa population sans doute pour mieux se défendre d’un retour de flamme d’agression comme l’était le même sentiment en Union Soviétique vis-à-vis de l’OTAN qui a provoqué la formation du pacte de Varsovie, pour contrer les avancées soviétiques.

L’embrasement sérieux de l’Asie n’est pas souhaitable mais cette prise de conscience où l’Union européenne peut porter sa voix, comme composante européenne de l’OTAN, nous permettra peut-être de nous rappeler que cela fait plus de 50 ans que nous ne sommes plus en guerre entre Européens et nous aider à leur faire entendre raison même en respectant leur identité et leurs réalités. Mais il nous permettra aussi et objectivement peut-être de placer cette fois notre haute technologie aéronautique. Elle comblera les lacunes stratégiques et tactiques des belligérants qui, en tant que grand pays, comme me le disait un haut responsable Japonais, se dotera de tous les équipements et de toutes les capacités dont il a besoin. De Gaulle était sans doute un de ses modèles. Espérons que ces armes ne seront que dissuasives. Encore faudra-t-il que nous comprenions, même et surtout en profitant de cette crise, que l’Europe peut vendre le Gripen, le Rafale et l’Eurofighter en étant réunie, plutôt que séparée, dans une approche marketing intelligente et pourquoi pas aidée par les Etats-uniens au sein de l’OTAN, qui pour une fois joueraient fair-play. La Corée du Sud, qui protège son industrie et ses PME depuis plus longtemps que nous, ne relèvera peut-être pas cette fois la règle copiée du Buy American Act.

Le Yin Yang de la muraille de Chine, ancienne garante de l'unité du territoire, qui protégea des invasions terrestres et qui reste le monument le plus visité au Nord et de la croissance exponantielle au Sud dans un même pays
Le Yin Yang de la muraille de Chine, ancienne garante de l'unité du territoire, qui protégea des invasions terrestres et qui reste le monument le plus visité au Nord et de la croissance exponantielle au Sud dans un même pays

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ce symbole du Yin Yang qui peut  nous aider à aller de l'avant de façon équilibrée

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