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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

Dans le but d'un possible travail d'interdépendance sur la refonte du système européen, j'étais invité courant septembre à participer à une réunion sur la constitution d'une "convention pour l'indépendance de l'Europe". Etait présent un certain nombre de personnes de domaines variés comme nous en avons aussi l'habitude au sein de l'I.R.C.E.. L'organisateur était un participant régulier à nos événements avec lequel nous essayions de trouver certains points de convergence.

Ce projet se voulait, comme annonça son organisateur et président de séance, "politique et non économique dans la démarche inverse que celui d'origine", ne venant pas en substitution mais en complément et n'excluant pas l'actuel projet.

Il se voulait dimensionné non à l'échelle de l'UE mais à celle de la grande Europe, notamment pour maintenir le lien avec nos voisins européens russes ainsi que pour défendre et sécuriser le socle nécessaire dans une dynamique économique et sociale.

L'idée pouvait être louable sauf qu'elle se basait de façon dommageable, cachant peut-être certaines motivations, sur des constats souvent faux ou qui me paraissaient être faux ou trop négatifs ou trop parcellaires, empêchant de voir notamment les éléments qui fonctionnent pour aller de l'avant.

Je profiterai de ce compte-rendu / commentaires sur les propos entendus pour rappeler certains arguments de nos travaux à charge et à décharge sur le système de gouvernance actuel et notamment suite à la parole qui m'a été donné puis coupée en séance.

Il était faux de dire que le projet initial était économique car la démarche initiale du charbon et de l'acier, pour faire taire les canons, était bien politique et qu'elle s'est cristallisée par des réalisations économiques, ou plutôt commerciales et concurrentielles, faisant que la défense, les relations internationales et l'économie ne furent pas placées dans le chapeau traditionnel d'une structure de type fédérale, mot d'ailleurs compris différemment entre les peuples.

Il était juste de dire que l'UE ne fait pas le poids et n'a aucune chance face aux Etats-Unis, la Chine et quelques autres pays émergents mais il était faux de dire qu'avec le Brexit le Royaume-Uni se porte encore mieux qu'avant. On voit bien le niveau de la Livre et on voit aussi que la bourse de Londres s'est prémunie en absorbant semble-t-il Frankfort juste avant voyant bien que la finance allait partir sur le continent. Bien entendu UK et Londres pourront faire venir les entreprises extérieures, mais le faisaient déjà, qui néanmoins subiront le taux de change, sans compter le transfert du hub aérien européen sur le continent.

Il n'est pas forcément vrai de dire qu'il existe en Europe une opposition nord-sud afin d'en profiter pour recaler le dialogue est-ouest. Certes les groupes de pays (que nous appelons de cohérence) existent (ex VISEGRAD, Méditerrannée, Nordiques) mais ils peuvent fonctionner en interdépendance dans une même politique générale globale.

Il n'est pas forcément faux de constater une certaine souveraineté de la Chine au large du Vietnam mais ce n'est pas encore ouvertement le cas en Russie (Sibérie) ni en Afrique où les terres sont surtout louées, ce qui n'empêche pas de veiller aux intentions cachées, comme s'en aperçoivent les Russes (nombreuses conférences sur les nouvelles routes de la soie). S'inquiéter uniquement des problèmes de frontière entre la Chine et la Russie en Sibérie semble bien réducteur sans les relier aux vraies réalités et les enjeux sous-jacents d'interdépendance forcée vis à vis des Russes ni de comportement bilatéral envers chaque pays plutôt qu'envers l'Europe, montrant soit une faillite du système, soit une volonté de le casser. Peut-être aussi comme les partenaires étasuniens de l'Europe.

Il est vrai de constater la réapparition d'un certaine guerre froide mais elle doit être instruite à charge et à décharge des deux côtes et on peut effectivement se demander ce qui se passerait si la Turquie changeait de camp alors que les mêmes observateurs ne veulent pas la voir rentrer dans l'UE. Nous lancerons par ailleurs prochainement des conférences sur les liens avec la Russie.

Il peut être vrai de parler de crise du pouvoir et de problème d'exercice de souveraineté en Europe, mais faux de dire que l'UE n'a pas de moyens propres mais s'il est vrai de dire que ses moyens sont limités mais encore une fois les mêmes observateurs seront des deux côtés ne voulant pas les augmenter. Il peut être vrai de dire que c'est en déduction des budgets nationaux (rappel budget UE : taux de TVA, Taux PIB et droits de douanes) mais en affirmant donc que le du à la France doit lui revenir, ne donnant donc pas de solutions, et oubliant de dire que le peu de moyens mutualisé peut créer des effets de leviers que seuls les Etats ne réaliseraient pas, comme dans la recherche qu'il mériterait d'ailleurs d'optimiser.

Il est faux de dire que l'euro est un échec, même si certains prix Nobel le disent, alors que la monnaie était forte avant d'arriver dans nos porte-monnaie et qu'elle sert de plus en plus de monnaie de référence dans le monde. C'est oublier que les Grecs sont devenus virtuellement plus riches d'un coup à cause de la force de l'euro, mais aussi du laisser faire d'un certain montage financier. Il peut être plutôt acceptable, mais trop peu propagé, de dire que c'est le passage à l'euro qui a été un échec à cause des deux inflations subies d'un coup, alors que l'ECU ne posait pas de problème avec une simple conversion. C'est oublier enfin qu'en 1992, on achetait sa maison à 18% plutôt qu'à 2% aujourd'hui. Une autre personne de l'assemblée s'est également prononcé très judicieusement sur le fait que la compétitivité allemande n'a rien à voir avec l'euro et qu'avant 1 franc était égal à un euro mais qu'il est vite passé à 3,5 francs (ce que j'ai vécu car j'habitais en Allemagne à cette période là) et que l'Europe ne signifie pas uniquement défense et sécurité. Je rajouterai qu'il est dommage que le titre du plan stratégique « de l'Europe » de madame MOGHERINI, haute représentante pour la défense et les relations extérieures, soit celui de l'Europe car l'économie doit être partie prenante. Entendre que deux seuls monnaies ont réussi, soit le dollar et le mark, mais ont engendré des guerres, n'est pas connaître l'histoire pour le dollar et ne pas voir l'origine de la guerre relancée avec l'Allemagne. Arrêter l'euro maintenant alors que les équilibres économiques sont encours de stabilisation et d'assainissement, serait une erreur.

Il n'est pas forcément faux de dire que la méthode d'uniformisation actuelle est mauvaise mais il n'est pas bon de ne pas reconnaître qu'il existe toujours aujourd'hui trois grands ensembles de prise de décision entre les compétences exclusives, partagées et auxiliaires et que tout système doit comporter des règles, d'autant plus à plus à 28 pays. Mais il n'est pas faux de dire, pour revenir sur le début, que l'économie a pris le dessus sans considérer les trois éléments généralement rencontrés dans un système fédéral que sont la défense, les relations internationale et l'économie.

Il est vrai de dire que l'UE crée une concurrence alors que tout le monde n'est pas sur le même pied mais sans bizarrement reconnaître la nécessité de que nous appelons les groupes de cohérence, que nous suggérons même au sein de la zone euro qui mêle des économies différentes.

Il est vrai de dire qu'il existe une déflation avec une baisse du poids des pays et de son ensemble mais il n'est pas vrai de dire que c'est à faute de l'euro pour les arguments avancés plus haut même s'il est vrai que si chaque pays continue à fonctionner seul, seule l'entité européenne subsistera dans le top 10 économique et même si l'on peut voir la fragilité du système dans les pays très aidés quand la crise des subprimes est arrivée, lié essentiellement au système de financement des fonds structurels.

Vouloir faire un ensemble avec la France, l'Allemagne UK et la Russie peut sans doute rassembler les pays forts qui peuvent a priori travailler ensemble avec une culture assez proche, sans être perturbé par certains « petits » co-propriétaires, qui plus est ont certain deuil non réalisé, mais au risque de les marginaliser. L'autre erreur est de ne pas intégrer l'Italie ni la Suède alors que l'on entendait qu'il faille s'inspirer du modèle scandinave. C'est enfin bizarrement ne pas reconnaître encore une fois la notion de groupes et de sous-groupes que les praticiens des organisations connaissent bien.

Il peut être légitime de reconnaître la place de la Russie dans le concert européen, que l'UE n'est que le pôle occidental de la grande Europe, que l'UE est quasiment un copie coller de l'OTAN, mais peut être risqué de dire que l'ONU devient un élément régulateur de désordre mondial, même avec constat de certaines limites et incohérences.

Il peut être légitime de se méfier des Balkans pour ne pas encore être surpris par une quasi intégration de fait comme avec l'Ukraine.

Entendre qu'il semble irréalisable et même dangereux de gommer les écarts économiques et sociaux car cela nuit à une bonne allocation des ressources signifie ne pas avoir compris la politique de défense et de sécurité proche de celle de voisinage pourtant réclamée au début de l'exposé, même si elle ne porte pas forcément toujours ses fruits, la crise des migrants étant néanmoins exceptionnelle des flux normaux.

Par contre, il n'a été fait aucune remarque de gouvernance dont il y a néanmoins beaucoup à dire quand notamment à l'organisation des institutions, ni sur la politique industrielle de l'UE pourtant bien réelle avec les fonds structurels, al recherche et le dernier plan Juncker,

Il sera opportun de rapprocher ce compte-rendu au livre de Nicole Fontaine sur « Le Brexit une chance » ainsi que tous les thèmes de nos groupes de travail, de nos publications et événements en la matière

FC

Projet externe de Convention sur l'indépendance de l'Europe

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