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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

Le 27 aout, Emmanuel MACRON affirmait, devant la conférence des ambassadeurs, qu'il convenait e revisiter l'architecture européenne de défense et de sécurité avec un dialogue rénové. 

Vous trouverez ci-après un article pouvant être utile à la démarche

L’Europe a une identité, une histoire et des réalités qui lui sont propres. De par ses conflits internes, elle a créé une certaine dépendance avec sa fille étasunienne depuis la première guerre mondiale et devrait sans doute aussi se poser certaines questions vis-à-vis de l’Orient. Certains mots sont bloquants ou facilitants, à effacer, atténuer ou dire clairement. Ils sont les clés d’une défense de permanence et non de circonstance. Encore faut-il en comprendre le sens afin de pouvoir passer de la zone active à la compréhension de l’environnement et des problèmes pour que le ciment et l’interdépendance prenne enfin entre les nations européennes et ses alliés. Chacun ses lunettes et ses écouteurs. La liste ci-après n’est pas exhaustive.

 

Par François CHARLES

Président de l’I.R.C.E., économiste, ancien responsable d’affaires industrielles européennes,  OTAN et Asie à la DGA, conseil en politique générale et management

 

 « Segmentation, imbrication et interdépendance ». La France tire justement actuellement, voire généralement, les dynamiques européennes dans le domaine de la défense avec une certaine satisfaction communautaire sans pour autant que les buts soient identiques. Pour autant, l’équilibre du « en même temps » doit donner l’exemple et veiller à se mettre à la place des autres en intégrant, en amont, la dimension de leur force, pour une optimisation et une sécurisation stratégique et tactique, plutôt que les inviter simplement à les rejoindre en s’adaptant et mettant la virgule. En aparté, le discours étonne ou passe peu. Pourquoi par ailleurs inventer les Battlegroup qui existent déjà au lieu de dire plutôt que la France rajoute la dimension politique qui leur manquait afin de fonctionner ?

 

En 1804, le roi de Prusse avait demandé à Napoléon une sorte d’entente. Ce dernier l’accueillit en pensant qu’elle aurait peut-être permis à la France de réduire son besoin de forces terrestres, grâce à la Prusse face à la Russie, grande rivale continentale, au profit de l’accroissement des forces navales contre l’Angleterre. Il usait aussi, comme César, des spécificités, l’un avec les lanciers polonais, l’autre avec les cavaliers germains. Charlemagne en avait fait autant. Misons notamment sur l’Eurocorps pour en développer l’approche. Et loin de nous de penser que les notions de normalisation technologique et d’interopérabilité soient réservées au XXIe siècle.

 

 

Au même titre que Français et Allemands ne comprennent pas le mot fédéral de la même façon, il en est parfois de même pour les notions de « coopération et alliance », qui semblent être différentes dans l’économie industrielle que dans les armées ou les relations internationales. En économie, une alliance est faite entre parties de moyens similaires pour généralement aller conquérir des marchés à l’extérieur, tandis qu’une coopération est instituée entre parties de compétences complémentaires. Napoléon a peut-être eu le tord de répondre au roi de Prusse en demandant le mot alliance alors qu’il s’agissant en fait d’une coopération, ce qui a été refusé, dévoilant sans doute par là même ses ressentis cachés. Notons que la coopération actuelle entre les nations nordiques, n’est pas une alliance car les nations ne font pas partie des mêmes structures UE ou OTAN.

 

La coopération est souvent lourde à gérer dans le domaine opérationnel qu’industriel. Les coalitions ont fait gagner des guerres à Napoléon du fait des problématiques des adversaires à travailler ensemble. On se souviendra des mots de Foch qui disait qu’il avait moins de considération pour Napoléon depuis qu’il avait commandé une coalition et que ce dernier a été mis en échec quand son autorité était contestée sur le terrain et que les pays soit disant alliés de force ont vite repris leur identité après la retraite de Russie. Nous pourrions aussi parler des deux guerres mondiales mais avec des rôles différents entre la France, l’Allemagne, le Royaume Uni et la Russie. Les modèles PSA de double identité avec structures communes peuvent être développées aussi pour l’aéronautique et la marine, comme elle l’a été récemment dans le terrestre.

 

Ces deux mots se rejoignent en fait dans la notion de collaboration, nouveau terme adopté dans les programmes recherche. Les meilleurs modèles de coopération industrielles dans le domaine de la défense restent parfois les mono productions qui réduisent peut-être les commandes mais qui maitrisent surtout les coûts, comme dans le civil, notamment sur la maintenance, mais pas forcément les prix. Les mots clés du coût efficacité et de la longévité devraient être civilo-militaire. Les mots clés de la contractualisation de défense à long terme notamment dans la maintenance, ou l’acquisition à l’heure d’utilisation, restent coût objectif, livre ouvert, partage des risques, bonus, malus. Mais les mots clés des achats de défense et de haute technologie, dès qu’ils passent la frontière de chaque pays, restent souvent offsets et contreparties, qui sont d’ailleurs aussi de vraies voies de coopération satisfaisant toutes les parties, si l’on sait les utiliser. Dans tous les cas, les mots éthique, limité, raisonnable et équitable devraient remplacer ceux de bénéfice démesuré profitant des crises. Il serait temps aussi de faire tomber les frontières contractuelles internes en instituant un Buy European Act avec pourquoi pas un pourcentage d’offsets accordés afin de faire fonctionner la directive de transparence sur les marchés

Certes, comme disent certains Européens, une alliance peut-être vite cassée, ce qui impose de maintenir sans doute des compétences propres et maintenir une certaine souveraineté et autonomie. Il en est souvent aussi de même pour les intérêts vitaux qu’il est parfois avantageux de ne pas définir pour mieux les orienter en fonction de l’actualité. Il est également souvent difficile de faire cohabiter souveraineté individuelle et collective. Il faut donc avoir « confiance », mot magique beaucoup employé dans le numérique et la cyber, qui cache souvent beaucoup de choses, comme quand on parle d’excellence. Le mariage aussi donne des belles paroles de confiance mais demain est souvent un autre jour où l’on préfère parfois finalement rester seul que mal accompagné. Certains pays du centre, enfin libres, se marient en réalité avec d’autres pays que ceux qui n’ont pas tenus leurs engagements d’assistance avec lesquels ils sont pourtant structurellement liés. En matière opérationnelle, la France n’aurait-elle pas confiance dans les autres pays quant à certaines de leurs capacités, décourageant de facto les bonnes volontés comme peut-être au Mali où bien entendu tout s’est bien passé… Peut-être a-t-on encore en tête les anciennes traîtrises mais une imbrication ne peut-elle pas servir à les limiter ? La marine est un bon exemple de segmentation et de confiance opérationnelles notamment avec le porte avion français et sa flottille complémentaire, française ou européenne, qui est obligée de tourner en même temps et qui peut recevoir une mission plutôt qu’être sous commandement. Les achats croisés peuvent être un premier stade dans la confiance industrielle mais dans le cadre d’un besoin de partage minimal et avec identification de double source pour garder les bretelles après avoir enlevé la ceinture, sans doute par deuil non fait de la ligne Maginot, alors que nous avons négligé le domaine de l’énergie.

 

Parlons logiquement aussi de « solidarité », d’engagement sur le terrain mais aussi financière et business. Solidarité par le droit du sang pour les reconstructions après conflit que même les Français font valoir, contrairement aux « valeurs européennes », très diverses entre chaque pays, par grande projection psychologique avec les Etats-Unis. Solidarité par retour industriel d’investissement que ces mêmes Etats-Unis réclament à leurs alliés européens pour acheter leurs avions après les avoir obligés à coopérer pour leur réalisation et que le plan Juncker industriel de défense réclame d’ailleurs à son tour pour toute coopération. Solidarité pour les forcer les pays à augmenter leur budget général pour être capable d’y ponctionner de quoi financer des dépenses d’infrastructure et de commandement communes civiles et militaires de fonctionnement de l’OTAN protégeant l’Europe - et pas que l’UE actuelle - mais aussi bien entendu l’achat de matériel étasuniens avec des compensations industrielles négociées, sauf peut-être dans un cadre coopératif comme avec le F-35 qui doit être vu dans une approche concurrente intelligente en Europe.

La France en général blâme la Pologne pour avoir acheté des F-16 quand ils volent ailleurs en Europe. La France blâme la Suède qui adhère à la sécurité européenne un jour et achète étasunien le lendemain. Mais la France oublie aussi qu’elle aurait pu acheter suédois plutôt qu’étasunien pour certains matériels. Il en est de même dans le domaine économique où il est bon de se rappeler l’histoire.

 

Souvenons nous aussi que l’article 5 de l’OTAN a bien été activé en 2001, non pas par les Etats-Unis qui étaient attaqués et qui l’ont refusé, mais par les Européens. Qu’en sera-t-il vraiment de l’article 42,7 du traité de Lisbonne qui mentionne l’OTAN comme couverture militaire de nombreux pays, en fait tous sauf la France, qui pourtant avait été adoubée par B. Obama nouvelle leader des nations européennes de l’OTAN et qui se montre bonne élève des 2%. Et pourquoi ne pas miser sur une gouvernance européenne en son sein plutôt que devoir choisir ou ne pas choisir comme le fait la France, provoquant des duplications en oubliant que, même avec tous ses efforts « France is back », elle ne sera plus jamais considérée comme avant par ses alliés depuis 1939, voire ses ennemis d’hier qui reconnaissent néanmoins ses victoires et d’aujourd’hui qui reconnaissent ses limites, et donc qu’elle doit agir autrement. Saurions-nous pratiquer le jeu du « sans toi » avec les Etats-Unis quand certains préfèrent le « battez-vous »?

 

Souvenons-nous également de la règle des 3P de la permission de puissance mais avec protection, comme de la dissuasion nucléaire franco-britannique ou étasunienne et de quelle nature et pour quoi faire ? Peut-être oublie-t-on que le concept avait progressé du temps de F. Mitterrand pour une utilisation potentielle sur le théâtre d’opération, quand certains pensent encore à l’ancienne stratégie du fort au faible de non emploi.

 

Ensuite, que signifie donc parler multilatéralisme quand on veut imposer aux soit disant partenaires son mode de vie et de pensée sans considérer les aspects bilatéraux et trilatéraux, les sous-groupes géographiques ou naturels apparaissant généralement au delà de 7 membres internes, sans leur laisser mûrir une certaine interdépendance les laissant à la fois exister et y être intégrés. Au fil des discours, il convient souvent de comprendre multilatéralisme dans le cadre des relations de l’Europe avec le reste du monde, comme les relations transatlantiques dans la défense, comme avec les traités commerciaux ou les relations avec l’OMC et la Chine.

 

Certains objectifs énoncés avec leurs réalités de toute nature et leurs options mesurables, accessibles, réalistes sont réalisables dans le temps (GROW SMART) en fonction des personnes et des opinions publiques.  Il est possible de gagner du temps en avançant par bond plutôt que pas à pas ou de créer une page blanche, soit avec une baguette magique, soit hélas avec une crise sévère comme l’Europe semble aimer pour réagir. La Chine, avec son partenaire russe qui devrait aussi se méfier, viendra peut-être au secours de l’Europe, mais peut-être pas dans le sens que l’on croit.

 

 

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