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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

A la veille puis au milieu des élections américaines de 2020, nous avons demandé à de nombreuses personnalités d'horizons divers de nous écrire quelques lignes sur leurs visions et prévisions objectives et subjectives de ce qui peut ou va changer ou non sur les relations futures entre les États-Unis / L'Europe en matière politique, économique et de défense quel que soit le vainqueur des élections

On the eve and then in the middle of the 2020 American elections, we asked many personalities from various backgrounds to write us a few lines on their objective and subjective visions and forecasts of what may or will change or not on future relations between the United States / Europe in political, economic and defense matters regardless of the election winner

ENGLISH VERSION BELOW ATTACHED

Merci notamment à : (avec les traductions fournies par I.R.C.E. en italique et pour les pays, dans l'ordre d'arrivée) :

introduction par François CHARLES - Economiste, expert en stratégie, management, affaires européennes, Ancien responsable d’affaires industrielles à la DGA - Président de l’I.R.C.E.

S.E. M. François de KERCHOVE d'EXAERDE - Ambassadeur de Belgique en France - membre d'honneur I.R.C.E. 2020

S.E. M. Jorge TORRES PEREIRA - Ambassadeur du Portugal à Paris

S.E M. Imants LIEGIS, Ambassadeur de Lettonie en France - membre d'honneur I.R.C.E. 2019

Mme Françoise DUMAS - Députée du Gard - Présidente de la commission de la Défense nationale et des forces armées

Mme Marietta KARAMANLI - Députée de la Sarthe - Secrétaire de la commission des affaires européennes - Membre de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe

M. André GATTOLIN - Sénateur des Hauts-de-Seine, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées

M. Alain JUILLET - Ancien Haut Responsable de l'Intelligence Economique - Membre d'honneur I.R.C.E 2020

M. le Général d'Armée Aérienne (2S) Jean-Paul PALOMEROS - Ancien Commandant pour la Transformation de l'OTAN (2012-2015) - Membre d'honneur I.R.C.E 2018

M. l'Amiral (2S) Alain COLDEFY - Ancien Inspecteur Général des Armées - Membre d'honneur I.R.C.E. 2014

M. l'Ingénieur Général Hors Classe (2S) Jean-Luc VOLPI - Ancien Directeur central du Service des Essences des Armées - Membre d'honneur I.R.C.E 2018

M. l'Ingénieur Général Hors Classe de l'Armement (2S) Louis LE PIVAIN - Vice Président du GICAN

M. l'Ingénieur Général Hors Classe Bruno SAINJON - Président de l'ONERA - Membre d'honneur I.R.C.E 2015

M. le Vice Amiral d'Escadre (2S) Arnaud COUSTILLIERE
ancien Directeur Général NUMérique et des systèmes d'information et de communications du Ministère des Armées

M. le Contrôleur Général des Armées (2S) Jacques PERGET

M. l'Ingénieur Général de l'armement (2S) Olivier GRAS - membre du Comité Scientifique de l'I.R.C.E.

M. le Colonel AA Alfredo ORTEGA BOLADO (ret) - Conseiller au Département de Sécurité National Espagnol - Ancien Attaché de Défense et de l'Air auprès des Ambassades d'Espagne en France, Pays Bas,  Belgique et Luxembourg - Membre territorial I.R.C.E.

M. André-Hubert ROUSSEL - Président d'ArianeGroup et d'Eurospace

M. Marc WAUTHOZ - Ancien haut cadre bancaire belge - membre du Comité Scientifique de l'I.R.C.E.

M. Jacques PASQUIER - ancien responsable de programmes industriels aérospatiaux - membre I.R.C.E.

ainsi que de nombreuses autres personnalités en activité ou retirés de l'Etat, des institutions, de la défense, ne souhaitant pas apparaître mais désirant contribuer de façon générale à la réflexion 

Nous y rajoutons la déclaration de la Présidente de la Commission européenne qui nous a été transmise par l'unité A4 Affaires Internationales , de la  DIRECTION GÉNÉRALE DU MARCHÉ INTÉRIEUR, DE L'INDUSTRIE, DE L'ENTREPRENEURIAT ET DES PME,  Compétitivité et liens avec l'extérieur

Je félicite chaleureusement M. Joe Biden pour sa victoire à l'élection présidentielle américaine et je me réjouis de le rencontrer dès que possible.

L'Union européenne et les États-Unis sont des amis et des alliés, nos citoyens partagent les liens les plus profonds. Ensemble, nous avons construit un partenariat transatlantique sans précédent, ancré dans une histoire commune et des valeurs partagées de démocratie, de liberté, de droits de l'homme, de justice sociale et d'économie ouverte. Ce partenariat est à la base d'un ordre international libéral, fondé sur des règles, établi depuis des décennies et reste un pilier de stabilité, de sécurité et de prospérité des deux côtés de l'Atlantique.

Alors que le monde continue de changer et que de nouveaux défis et opportunités apparaissent, notre partenariat renouvelé revêtira une importance particulière.

La Commission européenne est prête à intensifier la coopération avec la nouvelle administration et le nouveau Congrès pour relever les défis urgents auxquels nous sommes confrontés, notamment : la lutte contre la pandémie de COVID-19 et ses conséquences économiques et sociales, la lutte conjointe contre le changement climatique, la promotion d'une transformation numérique qui profite aux populations, le renforcement de notre sécurité commune, ainsi que la réforme d'un système multilatéral fondé sur des règles.

Traduction I.R.C.E.

I warmly congratulate Mr. Joe Biden on his victory in the US presidential election and look forward to meeting him as soon as possible.

The European Union and the United States are friends and allies, our citizens share the deepest ties. Together, we have built an unprecedented transatlantic partnership, anchored in a common history and shared values ​​of democracy, freedom, human rights, social justice and an open economy. This partnership is the basis of a liberal, rules-based international order established for decades and remains a pillar of stability, security and prosperity on both sides of the Atlantic.

As the world continues to change and new challenges and opportunities emerge, our renewed partnership will be of particular importance.

The European Commission is ready to step up cooperation with the new administration and the new Congress to address the urgent challenges we face, including: the fight against the COVID-19 pandemic and its economic and social consequences, the joint fight against the climate change, promoting a digital transformation that benefits people, strengthening our common security, as well as reforming a rules-based multilateral system.

 

ELECTIONS ETASUNIENNES 2020 - US ELECTIONS : LA VISION DE PERSONNALITES FRANCAISES ET EUROPEENNES SUR LES FUTURES RELATIONS ETATS-UNIS  EUROPE -  THE VISION OF FRENCH AND EUROPEAN PERSONALITIES ON FUTURE RELATIONS WITH THE UNITED STATES-EUROPE

A la lecture de ces contributions ci-après, je relèverai et j’approuverai notamment qu’il convient surtout de parler de dirigeants avec certains profils de personnalités, que le Covid aura perturbé les élections et aura peut-être eu raison de D. Trump qui a été élu par la même base que celle qui a voté deux fois pour le Brexit au Royaume-Uni ou l’ascension des partis nationalistes en Europe, voire national socialistes, qui aura finalement réalisé un bon bilan intérieur, avec des décisions courageuses comme G Bush junior réélu.

Même si les discours de Trump et Biden semblent bien plus différents qu’il n’y parait en politique intérieure, on peut prédire qu’avec un président démocrate il n’y aura pas réellement de changements de discours ni d’action de fond envers l’Europe, paradoxalement oubliée mais surveillée et mal aimée telle un réel concurrent et un enfant adapté rebelle en quête d’identité propre, oubliant parfois que son histoire est surtout née d’un creuset européen. Il ne s’agira pas d’un retour de l’Europe dans la politique étrangère des Etats-Unis dans la continuité du grand vide du discours pour l’Europe de B.Obama.

Le fond sera consolidé, comme lors d’élections en France, par le maintien de l’administration, laissant peut-être liberté à la forme qui permettra sans doute un dialogue plus doux en terme de négociation. Sans imaginer un troisième mandat Obama, J. Biden, disposant d’une grande expérience des affaires étrangères et de la diplomatie internationale, effectuera peut-être un retour dans certaines relations multilatérales ou bilatérales voire dans certains accords comme celui du climat, le sujet de l’immigration, l’optimisation du numérique, les cyber-menaces ou le retour sur le nucléaire iranien, voire la solution de sortie mondiale à la crise sanitaire actuelle qui seront sans doute des vecteurs de lien apaisé avec l’Europe et le monde.

La nature profonde isolationniste et protectionniste étasunienne restera présente et s’accentuera peut-être en repli stratégique de baisse d’influence mondiale pour renforcer son mode de vie de l’intérieur que l’UE, et ses pays en général, de façon bilatérale ou multilatérale, chercheront à apaiser dans une continuité des relations commerciales et diplomatiques normales tout en cherchant peut-être davantage de possibilité de juste réciprocité raisonnée, comme les Etats-Unis ont su le faire autrefois avec le Japon et tentent de le faire avec la Chine, qui elle aussi cherche des mesures adaptables à ses lunettes et son identité.

L’énergie restera également un enjeu majeur d’autonomie que les Etats-Unis ne négligeront pas avec notamment l’utilisation de leur monnaie envers laquelle certains estiment qu’il convient de ne pas de lutter. Il en sera de même de la dynamique spatiale sur laquelle l’Europe devra également défendre sa différence, ses acquis, sa politique, ses capacités et ses ambitions

En matière de défense, rien n’a non plus évolué depuis longtemps ni ne changera sensiblement avec un nouveau président qui cherchera à rassurer les pays du centre Europe par transfert de troupes, voire apport mais en jonglant avec les retours programmés. Mais beaucoup de présidents ont finalement changé d’avis.

Nul doute que les Etats-Unis continueront à miser sur une concurrence hélas non intelligente avec les produits européens plutôt que chercher un juste compromis, fort de la mention de l’OTAN dans les actes européens, voire presque dans le plan de recherche industrielle de défense et de son article 2 de solidarité économique, sans doute davantage que la solidarité militaire de l’article 5 garantissant une protection collective.

Il en sera de même au niveau opérationnel avec des reconnaissances de capacité mais une veille quant au leadership à ne pas laisser à certaines nations fortes européennes comme la France, qui ne sait d’ailleurs pas l’utiliser intelligemment. Ils chercheront à calmer les relations envers une Turquie au double jeu très risqué, mieux maitrisable à l’intérieur, avec notamment l’apparente fermeté de D. Trump qui avait fait oublier la mise en garde mais aussi finalement le laisser faire de B.Obama au-delà de la ligne rouge.

Ceux qui connaissent bien le fonctionnement de l’OTAN savent que les histoires de financement sont faussées et qu’il convient de rétablir des réalités saines d’interdépendance réalistes au-delà de réalisables sans doute plus favorisées avec un démocrate. Face aux multiples menaces, on peut penser que si l’on parle de retour de troupes, les Etats-Unis seront toujours prêts à intervenir en Europe et autour de la Méditerranée et surtout en Asie mais sans doute toujours et surtout si poussés à le faire, comme lors des deux guerres mondiales. Misons aussi pour que le nouveau président comprenne ce que peut signifier une gouvernance européenne au sein de l’OTAN et non simplement un pilier, qui ne sera pas là pour casser la structure mais l’imaginer autrement avec les réalités du moment.

Je complèterai qu’il convient de se souvenir qu’un démocrate aux Etats-Unis correspond à la droite traditionnelle en France et en Europe, que l’Europe unie dans la diversité, avec un tel brassage de politiques et de peuples, a toujours plus avancé avec une gauche modérée à l’intérieur qu’avec une droite plus identitaire mais peut-être plus avec des plus radicaux à l’extérieur pour la faire réagir et se renforcer forte de ses éléments communs et de ses complémentarités, voire de segmentations reconnues au-delà d’une simple démarche d’association volontaire et ne pas craindre de déplaire à l’oncle d’Amérique dans une nouvelle dynamique de gouvernance avec un chapeau fédéral désormais normal, sur une base franco-allemande labellisée mais également sur la force des autres groupes de cohérence de pays.

Il aurait pu être opportun aussi de raisonner à partir de la matrice sur les risques acceptables ou inacceptables mais misons plus sur une relation d’écoute active avec un meilleur dialogue entre les acteurs et une meilleure compréhension des problèmes et de leur environnement.

Si les Etats-Unis ne changent pas le fond, l’Europe devrait sans doute quant à elle faire évoluer le fond et la forme et se mettre en ordre de marche non pas pour s’adapter mais faire en sorte que ce soient aux autres de le faire.

François CHARLES - Economiste, expert en stratégie, management, affaires européennes, Ancien responsable d’affaires industrielles à la DGA - Président de l’I.R.C.E.

 

a.   Les élections : ce n'est encore joué en dépit de ce que laissent penser les sondages qui se sont d'ailleurs souvent trompés s'agissant de l'élection présidentielle. Au lendemain de l'élection, si le résultat n'est pas une victoire nette pour l'un et une défaite claire pour l'autre, il y a risque d'une longue période de contestation (d'autant que les votes déposés dans l'urne, qui seront dépouillés avant ceux envoyés par la poste, donneront probablement une majorité à Trump). Il est à craindre que cette incertitude sur la personne qui va diriger le pays donne lieu à des violences internes et, à l'international, à un sur-activisme des acteurs perturbateurs (Russie, Chine, Turquie...) qui chercheront à pousser leurs pions en bénéficiant de la vacance de pouvoir aux USA.

b.   Les tendances lourdes de la société américaine : ne nous faisons pas d'illusion. Trump, pour ce qui concerne la politique étrangère US, ne représente pas que lui-même. Il a su jouer habilement sur un courant profond de la société américaine et qui existe depuis le début de l'histoire des Etats-Unis, à savoir l'isolationnisme. Nous autres Européens, avions eu un peu tendance à l'oublier tant a été prévalent depuis 1941 (et déjà avant avec le messianisme wilsonien) le courant interventionniste. Cependant, depuis plusieurs années déjà, et singulièrement depuis que l'URSS a disparu, la présence politique et militaire massive des USA en Europe et plus encore au Moyen-Orient et en Afrique est fortement remise en question. Trump de ce point de vue n'a fait qu'accélérer ce que ses prédécesseurs avaient déjà largement entamé.  

c.    Le basculement des priorités vers l'Asie-Pacifique : là aussi, Trump n'a pas innové et son maintien ou son départ comme Président ne changera pas grand-chose. La priorité stratégique US (au sens large du terme) vers le bassin pacifique et l'Asie ne va au contraire que s'accentuer.

d.   Les relations avec l'UE : il ne faudrait pas non plus se faire d'idées dans ce domaine. Les Américains n'ont jamais vraiment aimé l'UE et nombre d'entre eux l'ont même toujours considéré comme une sorte de rivale des Etats-Unis. Il a fallu toute l'intelligence et la lucidité d'un Kissinger, initialement pourtant rétif à l'UE, pour faire basculer la diplomatie américaine vers une ligne plus favorable à l'UE. N'attendons donc pas de Joe Biden, s'il remporte les élections présidentielles, qu'il rende les USA miraculeusement pro-UE. Toutefois, les perspectives avec les Démocrates sont meilleures parce qu'ils auront à cœur (cela déjà été annoncé) d'entretenir de meilleures relations avec leurs alliés et de ne pas donner la préférence à leurs ennemis, comme l'a fait trop souvent Trump qui semblait préférer négocier avec Poutine, Erdogan ou le dirigeant nord-coréen !

e.   Priorités dans la relation transatlantique : il semble capital de revenir d'abord à une relation commerciale plus calme entre USA eu UE. Bien sûr, les intérêts de part et d'autre de l'Atlantique ne sont pas identiques mais notre priorité devrait être le rétablissement d'une relation moins tendue. La question des relations stratégiques (au sens politico-militaire du terme) sont évidemment d'une importance cruciale mais il est vraisemblable que les choses se passeront de manière plus souple avec Biden tant Trump avait cherché à déstabiliser l'OTAN. Ne nous leurrons pas toutefois, même dans ce domaine, les USA ne considéreront mieux l'Europe dev la Défense que si nous parvenons à prouver cartes sur table que l'UE peut apporter une plus-value. Des discours sans chiffres n'amèneront à rien.

f.    Priorités belges dans les relations commerciales transatlantiques : Sous l'administration Trump, la Belgique a été relativement épargnée par les sanctions américaines. La liste de produits américains sanctionnés devrait également avoir un impact négligeable sur l'économie belge. Une possible contre-réaction américaine pourrait en revanche nous frapper plus durement La Belgique a toujours été et demeure en faveur d'une solution négociée. Face à l'intransigeance américaine, il n'existe toutefois d'autres solutions que d'imposer des sanctions tout en espérant que celles-ci forcent les Etats-Unis à entamer des négociations sérieuses. A l'instar de nombreux Etats membres, la Belgique avait demandé à la Commission de ne prendre aucune décision avant la tenue des élections américaines. Cette demande ayant été respectée, nous comptons dès lors soutenir la proposition de règlement, telle que formulée par la Commission, la semaine prochaine. Toutefois, nous appelons la Commission à continuer à œuvrer en faveur d'une désescalade. Il va ainsi de soi que les mesures prises tant par l'Union européenne que par les Etats-Unis devraient être suspendues dès que l'UE et les Etats-Unis négocieront une solution pour ces conflits commerciaux.

g.   Le multilatéralisme en général : les Américains n'en n'ont jamais été vraiment des soutiens enthousiastes mais du moins, avant Trump, jouaient-ils le jeu autant que possible. Ce qu'on peut espérer avec Joe Biden, c'est la fin des accusations systématiques et idéologiques contre le multilatéralisme. Sans doute pourrons-nous aussi tabler sur une ré-adhésion progressive à certains accords internationaux (Accords de Paris sur le climat par ex.), voire à certaines organisations (OMS, OMC..). Comme Européens, nous devrons veiller à solliciter les Américains à ce propos en précisant les accords et les organisations où nous voudrions les voir revenir et à quel niveau. Tout ceci va d'ailleurs de pair avec la lutte contre l'influence croissante de la Chine dans nombre d'organisations multinationales.

S.E. M. François de KERCHOVE d'EXAERDE - Ambassadeur de Belgique en France

Le Portugal attribue une importance cruciale aux relations avec les EUA. L'Alliance atlantique est la base de notre sécurité collective et le bon rapport transatlantique est un objectif pérenne de la politique extérieure portugaise, quelle que soit  l'Administration à Washington. Le Portugal a aussi une expressive communauté de luso-descendants aux EUA, une grande partie provenant des Açores d'où ressortent quelques membres de la Chambre des Représentants qui pourront être réélus et des candidats à l'élection à la même chambre.

Notre appartenance à l'espace atlantique et notre condition d'allié, qui dérivent de la position géopolitique du Portugal, n'empêchent pas que nous nous impliquions avec détermination dans les discussions au sein de l'UE qui pourront se traduire dans une croissante autonomie stratégique de l'Europe, le Portugal étant, simultanément, défenseur d'une coopération renforcée NATO-UE.

S.E. M.Jorge TORRES PEREIRA - Ambassadeur du Portugal à Paris

 

  • Nous attendons avec impatience les résultats officiels des élections présidentielles américaines. Nous savons que cela peut prendre plus de temps que d'habitude en raison du taux de participation élevé et du vote anticipé, ainsi que du nombre important de bulletins de vote par correspondance envoyés par la poste.
  • Nous avons pleinement confiance dans le système électoral américain. Dans le passé, quels que soient les différends qui ont surgi, par exemple sur le dépouillement des voix, ont toujours été résolus avec succès conformément à la Constitution américaine et aux normes et lois nationales existantes. Les États-Unis ont une grande expérience dans le traitement de tels cas si et quand ils surviennent.
  • Les États-Unis sont l'allié stratégique de la Lettonie. Quel que soit le candidat à la présidence américaine qui remporte l'élection, la Lettonie continuera à coopérer avec les États-Unis aussi étroitement et intensivement qu'elle l'a fait jusqu'à présent. Au cours des dernières décennies, nous avons une bonne expérience de travail avec les présidents des deux partis et avec leurs administrations, qu'ils soient démocrates ou républicains.
  • La Lettonie et les États-Unis partagent des objectifs stratégiques à long terme communs, même si nos approches peuvent parfois différer. La Lettonie continuera de travailler en étroite collaboration avec la prochaine administration américaine à la poursuite de nos objectifs communs et au renforcement des relations transatlantiques

S.E. M. Imants LIEGIS, Ambassadeur de Lettonie en France

Quels que soient les résultats de l’élection américaine, les Etats-Unis resteront une puissance dominante mais de plus en plus réticente à intervenir dans le monde et à payer pour la sécurité de ses alliés. Il ne faut pas se faire d’illusion : le maintien de Donald Trump ou l’arrivée au pouvoir de Joe Biden ne devrait pas changer radicalement l’inclinaison actuelle des Etats—Unis, amorcée sous Obama.

La diplomatie unilatérale du président Trump a certes malmené l’ordre multilatéral que la France promeut et semé le trouble au sein même de l’OTAN.

Mais c’est surtout le basculement des intérêts géostratégiques des Etats-Unis vers la zone indo-pacifique et l’accentuation de leur confrontation avec la Chine qui expliquent l’évolution de nos relations stratégiques avec les Etats-Unis.

Je reste attachée aux promesses de l’Alliance atlantique, mais il ne faut toutefois pas cacher les limites atteintes actuellement : il faudra notamment répondre concrètement au constat sévère mais réaliste fait par le Président de la République.

Il faut saisir le moment stratégique qui est le nôtre et qui découle fortement de l’évolution américaine : l’Europe doit renforcer son autonomie stratégique pour échapper à la marchandisation de ses alliances ou de sa sécurité.

L’Europe doit s’affirmer comme puissance, protectrice de ses citoyens, souveraine de ses choix et parlant au monde. Elle doit consentir à l’effort politique et financier pour défendre ses propres intérêts et sa sécurité.

Qui que soit le futur président, là est incontestablement notre chemin d’avenir. 

Mme Françoise DUMAS - Députée du Gard - Présidente de la commission de la Défense nationale et des forces armées

G.TRUMP était et reste opposé au multilatéralisme, à l’Union européenne et aux traités commerciaux signés par ses prédécesseurs ; il a traité et traite de la même façon dictateurs et gouvernements des États démocratiques.  Il a indiqué aux Européens qu’il n’entendait pas garantir leur sécurité. Il a renoué avec une tradition d’isolationnisme que les États-Unis ont cultivé. Autrement dit sa volonté de ne pas dépendre des autres s’est opposée et s’oppose à un ordre international tendant à être régulé par le droit. Il a ainsi décidé le retrait des Etats-Unis des Accords climatiques de Paris (COP 21). Cela n’a qu’à moitié marché car l’Union européenne a globalement résisté ; c’est aussi le cas sur le dossier iranien où le retrait américain et sa politique de sanctions n’ont guère marché.

J.BIDEN a annoncé que s’il gagnait les États-Unis renoueraient avec le multilatéralisme, avec la diplomatie internationale et les accords et institutions dénoncés par G. Trump. Reste qu’une partie de l’opinion américaine est convaincue que les États-Unis doivent s’occuper des américains et rien que d’eux. Il aura déjà fort à faire en interne.

Avec J.BIDEN l’Union européenne retrouverait certainement un interlocuteur et un dialogue de qualité mais elle devra en tout état de cause « avancer » pour s’affirmer comme puissance mondiale. Parler au nom de 27 États qui n’ont pas réellement de politique extérieure commune, pas de défense et pas de politique commerciale pro-active n’est pas une affaire simple ; pourtant l’Europe apparaît le vecteur non seulement utile mais aussi indispensable pour apporter des solutions durables. Des pistes nouvelles doivent donc être explorées et mises en œuvre.

On le voit l’administration TRUMP a mis en lumière les forces et faiblesses européennes et peut être étrangement des opportunités qui trouveront leur place dans un nouveau dialogue constructif et équilibré transatlantique. C’est du moins ce que je souhaite.

Mme Marietta KARAMANLI - Députée de la Sarthe - Secrétaire de la commission des affaires européennes de l'Assemblée Nationale - Membre de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe 

Elections 2020: ce ne sera pas le grand retour de l'Europe dans la politique étrangère des États-Unis

Quelle que soit l'issue de l'élection présidentielle de 2020, je ne crois pas que l'on puisse s'attendre à un grand revirement pro-européen dans la politique étrangère des Etats-Unis. Dans un cas comme dans l'autre, la politique étrangère américaine restera très influencée par le pouvoir considérable du Sénat en la matière, qui représente en large partie les intérêts économiques de l'industrie agroalimentaire des États ruraux du Pays.

Dans le cas d'une victoire de Joe Biden, les organisations multilatérales que M. Trump a quitté avec fracas (Accord de Paris sur le climat, Accord sur le nucléaire iranien, Accord de partenariat transpacifique, OMS, UNESCO...), pourraient assister à un retour des Etats-Unis, mais pas dans tous les cas. Si M. Trump l'emporte, sa stratégie de dépècement du multilatéralisme sera certainement reconduite.

M. Biden ne s'aventurera sans doute pas dans des négociations périlleuses sur le programme nucléaire iranien, ni ne renoncera à exiger des européens des dépenses militaires à hauteur minimale de 2% de leur PIB, comme n'a cessé de le faire M. Trump, de façon très virulente, ces dernières années. Il défendra bec et ongles les intérêts et les positions de marché actuelles des GAFAM, contre lesquels Bruxelles en croisade dans le cadre de sa politique sur la concurrence et la souveraineté numérique.

Une présidence démocrate pourrait tout de même être un bon signe pour le vieux continent car au cours de sa longue carrière au Sénat américain, M. Biden a été président de la commission des Affaires étrangères, mais aussi à la tête de la sous-commission chargée des Affaires européennes. A ce titre il a effectué de nombreux déplacements en Europe et connaît particulièrement bien les Balkans. Plus accoutumé aux codes de la diplomatie que son rival, Joe Biden a en effet exprimé publiquement des positions très fermes à l'égard du président turc Erdogan, mais aussi du président chinois Xi, avec lequel il pourrait néanmoins tenter de négocier des contreparties commerciales à l'énorme flux d'importations chinoises vers les Etats-Unis. Joe Biden n'exhumera pas non plus les négociations transatlantiques de libre-échange avec l'UE, mais pourrait plutôt viser à conclure des accords spécifiques ou sectoriels, sous réserve des négociations post-Brexit avec le Royaume-Uni.

En résumé, dans les deux cas, ce ne sera pas le grand retour de l'Europe dans la politique étrangère des États-Unis.

M. André GATTOLIN - Sénateur des Hauts-de-Seine, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées

L'élection américaine est sans nul doute une des plus dures de l'histoire de ce pays entre un président républicain qui aurait gagné sans discussion s'il n'y avait pas eu la crise du Covid et un  candidat démocrate qui est porté par un parti qui, ayant refusé le dernier résultat des urnes, a consacré toutes ses forces et par tous les moyens, y compris illégaux, à attaquer le président durant tout son mandat. S'il a souvent mérité de prendre des coups, force est de reconnaitre que rien ne lui aura été épargné même quand il réussissait à débloquer la sitiuation entre Israel et les pays arabes ou ramenait le taux des demandeurs d'emploi au niveau le plus bas de ces dernières années..

Les journalistes français, dont on connait le tropisme pour New york et la Californie,  ont consciencieusement montré les turpitudes, les foucades et les échecs de Trump tout en oubliant d'aborder les drôles d'affaires du Vice président Biden et de son fils dans le cadre des aides apportées aux Etats par les américains. Dans leur haine de l'amérique républicaine, qui rappelle celle de certains de nos diplomates, ils ont censuré la réalité ce qui empêche les 82¨% de français devenus anti-Trump de comprendre comment un président aussi incapable et détesté peut avoir une petite chance de gagner.

De même qu'en France les bobos des grandes villes croient qu'ils sont la France en oubliant le reste du territoire, de même en Amérique le middle west n'a rien à voir avec les américains qui nous servent de références. De plus cette amérique profonde n'est pas qu'un regroupement de petits blancs. On y trouve aussi des hommes et des femmes issus de la diversité qui ne votent pas forcément démocrate et qui ont des niveaux de vie souvent inférieurs aux français.  Pour parler d'évènements récents très médiatisés comme les Black Lives Matter qui sont une minorité agissante aux USA, sait-on que  le président sortant, en dépit de ses déclarations à l'emporte pièce, est considéré avoir fait plus pour la population noire et hispanique que son prédécesseur.  

Arrêtons de réver, en politique internationale les deux camps ont les mêmes objectifs : c'est la méthode apparente qui change. Quel que soit le président élu la politique extérieure ne changera qu'à la marge.  Qu'elle soit agressée et méprisée par Donald Trump ou caressée dans le sens du poil par Joe Biden le résultatf final sera le même. L'amérique est en guerre contre la Chine pour garder son leadership mondial, qu'elle a grand risque de perdre selon les projections dans les 25 prochaines années. Dans cette lutte pour la suprématie mondiale tous les coups sont permis et le combat se passe en Asie-Pacifique, comme l'Europe l'avait déjà découvert à l'époque du président Obama qui nous a superbement ignoré. Trumps s'est montré mal élevé, souvent brutal et parfois détestable. Biden est mieux élevé mais cela ne changera rien aux objectifs et aux méthodes en cours, d'autant que l'éthique n'est pas leur vertu première. L'un comme l'autre sacrifieront sans hésiter l'Europe si cela peut leur faire marquer des points dans ce combat planétaire entre les deux hyperpuissances. 

N'oublions pas qu'aux Etats Unis, comme aussi en Europe comme le laisse entendre notre Président, ce ne sont pas les présidents qui commandent mais l'état profond, cette administration qui bloque toute initiative qui ne va pas dans son sens et qui pour l'heure n'a qu'une priorité absolue: tenir pour gagner.

M. Alain JUILLET - Ancien Haut Responsable de l'Intelligence Economique

Le résultat des élections américaines : un « Game changer » pour la défense européenne ? Sur la forme certainement sur le fond c’est beaucoup moins évident.

Il ne fait aucun doute que le résultat des élections américaines aura un impact sur les relations qu’entretiennent les États-Unis avec l’Union Européenne en général, y compris en matière de défense. Cependant sur ce point, avant toute conclusion hâtive, en particulier dans la perspective d’une victoire du candidat démocrate, il convient de rester prudent. En effet, l’avènement d’un nouveau maître à la maison blanche et d’une nouvelle administration ne devraient pas changer profondément la donne si ce n’est sur la forme.

En ce qui concerne la défense de l’Europe, dès son élection en 2016 le président Trump a clairement affiché la couleur : les États Unis ne sauraient plus longtemps porter la plus grosse part du fardeau, les européens doivent investir plus pour leur défense.

 Ce message ne pouvait surprendre ces derniers puisqu’il avait été martelé sans discontinuer par tous les responsables américains depuis la création de l’Alliance Atlantique en 1949. En revanche, les Alliés, en particulier ceux voisins de la Russie ont été très marqués par le discours agressif de Donald Trump et les menaces explicites qu’il comportait quant à la non-application systématique par les États-Unis du fameux article 5 garantissant la défense collective de l’Alliance si les Européens n’acceptaient pas le « new deal de défense » : dépensez plus et achetez américain. Aucun président américain n’avait, par le passé, explicitement franchi ce pas, celui de la contractualisation « commerciale » du rôle des États-Unis au sein de l’OTAN. Cela dit, au résultat 4 ans plus tard, certes la confiance mutuelle au sein de l’Alliance s’est assez largement érodée, l’attitude la Turquie aidant, mais sur le fond rien n’a vraiment changé, les forces américaines sont toujours présentes sur le front oriental de l’Alliance et les européens sont toujours intimement dépendants des États-Unis pour leur défense collective. On peut cependant à juste titre avancer le constat que l’attitude du président Trump associée à une perception plus aigüe des menaces contemporaines a poussé les Européens à s’intéresser collectivement à leur défense et à prendre des initiatives intéressantes mais dont les résultats concrets peinent encore se manifester.  

Qu’en adviendra-t-il si Joe Biden devient le « Commander In Chief » US ? De par ses fonctions passées, celui-ci connaît bien l’Europe et les européens et l’on peut s’attendre à une offensive de charme de sa part visant à rassurer ses amis et alliés européens en renouvelant la volonté de son pays à se tenir aux côtés de ses Alliés en toutes circonstances. Nul doute toutefois que le souci d’équilibre de la charge de défense sera toujours présent, même exprimé de façon beaucoup plus diplomatique. Cela d’autant plus que pour la future administration, quelle qu’en soit la couleur politique, la menace principale, existentielle, continuera à venir de la Chine. Il faut à ce titre se souvenir du fameux « pivot vers l’Asie » annoncé en son temps par le président Obama, sans d’ailleurs qu’il ne se manifeste de manière aussi spectaculaire que certains l’avaient prédit.

            En fait la vraie question pour les Européens qui cache derrière les résultats de l’élection américaine est bien de savoir quel sera leur poids dans la future politique étrangère des États-Unis et de manière générale dans les grands enjeux mondiaux. A ce titre, un changement de président Américain pourrait donner un nouvel élan constructif aux relations Américano-européennes en particulier dans le domaine diplomatique, voire économique. Mais ne nous leurrons pas, l’équation de l’avenir de l’Europe, de sa puissance, de son autonomie stratégique, des moyens de sa défense restera dans les mains des Européens, quoiqu’il advienne outre-Atlantique le 3 novembre, Ceux-ci auraient tort d’imaginer que des relations apaisées avec le grand frère Américain résoudront les questions de fond qui se posent à eux, en particulier pour leur défense face aux multiples formes de menaces auxquelles ils sont confrontés. Seule une Europe forte, confiante en elle-même et déterminée pourra constituer un partenaire crédible, fiable et respecté que ce soit pour le locataire actuel de la maison Blanche ou son successeur, si successeur il y a...... !

M. le Général d'Armée Aérienne (2S) Jean-Paul PALOMEROS - Ancien Commandant pour la Transformation de l'OTAN (2012-2015)

La 59ème élection présidentielle aux Etats-Unis, en ce 3 novembre 2020, dépasse, par ses enjeux internationaux, la seule rivalité domestique entre démocrates et républicains qui, elle, fera comme toujours le résultat.

La question qui se pose aux Européens et aux Français en particulier est de déterminer si les axes de divergence de la politique de Donald Trump par rapport à celle de Barak Obama sont susceptibles de renforcement avec un second mandat de Trump ou de modification avec une administration Biden.

D’où ces quelques lignes, très réductrices, pour aider à se forger une opinion.

On a souvent écrit que l’obsession de Trump était de détruire l’héritage d’Obama en politique étrangère (comme il l’a fait effectivement en politique intérieure)

En réalité, il a ouvert une nouvelle ère des relations internationales, baptisée « post fin de la guerre froide ». Ainsi la guerre globale contre le terrorisme a quitté la première place qu’elle occupait depuis Bush Jr et les attentats de 2001 et il n’a engagé les forces armées américaines dans aucune nouvelle opération extérieure, en contre point d’un discours en permanence agressif voire transgressif. Cependant si nombre d’initiatives telles que la sortie de l’accord nucléaire de Vienne sur l’IRAN, de l’accord de Paris sur le climat ne seront sans doute pas modifiées par une administration Biden trop heureuse d’en profiter, le sujet brûlant du Moyen Orient peut connaitre de nouvelles initiatives avec un nouveau président.

Cette politique étrangère de D Trump a été durant son mandat définie comme celle de la compétition, sous-entendu entre puissances ou « great power competition », avec pour mot d’ordre « America first » qui se traduit par unilatéralisme et nationalisme : c’est donc la mort programmée du multilatéralisme et des institutions internationales. Les Européens n’en ont pas vraiment pris conscience, soit en combattant cette évolution soit en en prenant acte.

C’est en conséquence la fin d’une volonté occidentale jusqu’alors intacte d’expansion de la démocratie, de ses valeurs et de ses marchés – n’oublions pas ce côté marchand des anglo-saxons - largement soutenue en Europe, pour faire de la Russie, de la Chine, et des dictatures diverses, des partenaires convenables. Ces pays sont désormais traités comme des rivaux, en premier lieu la Chine. Les Européens doivent en prendre conscience, la France commence à en prendre la mesure. Rien ne viendra modifier ce cours de l’Histoire, malheureusement. Le fameux pivotement de la politique étrangère vers le Pacifique et la Chine ne date pas de Trump.

S’agissant de l’Europe, Trump a toujours mis en avant le déficit commercial avec l’UE et en premier l’Allemagne pour justifier un protectionnisme exacerbé. Les Européens doivent faire bloc car cela ne changera pas avec Biden, loin s’en faut.

S’agissant de l’OTAN, les déclarations américaines répétées sur le faible effort de défense des pays européens n’ont pas été suivies d’effets car nombre de nos partenaires de l’UE croient encore à la protection « ne varietur » du gendarme de Washington. Si les critiques peuvent être, sur la forme, atténuées avec Biden, ils se leurrent profondément dans l’illusion d’un retour en arrière et affaiblissent de fait une défense européenne en mort cérébrale elle aussi.

Quant à la France, elle a une double fenêtre de tir avec le départ concomitant des britanniques au titre du Brexit. En faisant davantage « équipe » avec ses voisins, au lieu de jouer « en solo », elle peut reprendre une sorte de « leadership » politique sur le Vieux Continent grâce à sa dissuasion nucléaire entre autres. Avec Trump et les républicains, le rapport est le plus souvent un rapport de force, qui permet de se faire respecter quand on est soi-même fort. Avec une administration démocrate, le dialogue est plus facile, mais la réalité l’est moins.

Les jeux ne sont pas faits, mais tout ne va pas bien, quel que soit le futur POTUS ‘President of the United States’, pour la sécurité des européens et la pérennité de leur modèle social.

Amiral (2S) Alain COLDEFY - Ancien Inspecteur Général des Armées

Quel que soit le vainqueur de ces élections, les Etats-Unis conserveront une volonté de poursuivre l'assise de leur puissance sur les trois piliers que sont la maitrise de l'énergie, l'économie (dollar) et la puissance militaire. La position restera dure sur Nord Stream 2. Le dialogue avec Joe Biden en cas de succès à l'élection présidentielle, sera peut-être plus soft mais pas pour autant plus ouvert. Si la forme évolue, Le fond de toute façon ne changera pas. Dans une certaine continuité, les relations resteront amicales avec les pays de l'Union européenne tant que ces derniers accepteront d'acheter des produits étasuniens sur étagère, notamment de défense avec le lien affiché avec l'OTAN et sacralisé dans les textes constitutionnels européens. Il n'est pas assuré non plus que l'ambiguïté que pose l'équation turque trouve une solution dans cette éventuelle alternance. Certains prêtent aux Etats-Unis, une position paradoxale en poussant ses partenaires de l'UE à un meilleur partage du fardeau par une prise en charge plus affirmée de leur défense, mais en même temps, à les maintenir dans une dépendance de l'armement américain. Il n'en est rien. Dépenser plus pour acheter américain est d'une logique implacable. Un élément positif toutefois en cas d'alternance, c'est le retour possible des Etats-Unis dans les engagements internationaux d'où Trump les avait retirés dont ceux liés aux politiques environnementales. Mais ne doutons pas que leur progression se fera selon leur agenda.

Ingénieur Général Hors Classe (2S) Jean-Luc VOLPI - Ancien Directeur central du Service des Essences des Armées

Cette élection ne changera pas grand-chose dans la stratégie américaine de suprématie numérique et de conservation sous dépendance de l'Europe. Elle se matérialise au travers d'actions de certification, d'auditabilité ou encore d'extraterritorialité appuyées par une industrie numérique extrêmement puissante dans tous les volets : infrastructure, cloud, développement, cyber, IA.... C'est clairement une stratégie globale dont il ne faut pas être dupe ou encore moins naïf. Souhaitons nous être partenaires ou vassaux ? Là est le fond de la question et les réponses sont différentes selon les secteurs.

Cette élection ne changera pas grand-chose pour nos intérêts commerciaux. Il ne faut se faire aucune illusion : les États-Unis ne sont plus un partenaire amical des Européens depuis de nombreuses années. Ils sont en rivalité parfois même en confrontation quand nous sommes frappés par des sanctions américaines», a lancé ce matin Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, sur Radio Classique. «L’Europe est, pour les États-Unis, une variable d’ajustement», ajoute le locataire de Bercy. «Nous devons prendre conscience de ça et il est l’heure pour les Européens de prendre leurs responsabilités et de construire une souveraineté européenne forte et un ensemble politique économique et technologique fort» pour peser entre la Chine et les États-Unis, a lancé Bruno Le Maire. «Donc que les Américains choisissent Donald Trump ou Joe Biden, cela ne changera rien à ce fait stratégique (...) il est l’heure pour les Européens de prendre enfin leurs responsabilités politiques et économiques aux échanges commerciaux avec l’Europe»

Démocrate ou Républicains, la finalité ne changera pas, la forme seule en sera différente.
Le point positif en est la prise de conscience au niveau européen et en particulier franco-allemand.
Pour le numérique, il ne peut y avoir d'autonomie stratégique sans traiter tous les volets ; l'on parle trop souvent de start-up ou d'IA, en oubliant que sans Infrastructures maitrisées cela ne sert qu'à accentuer notre dépendance.
C'est pour cela que les débats autour de la 5G, de l'IoT ou encore du Cloud sont fondamentaux même si très arides et vite techniques.

D'où l'importance stratégique que revêt l'initiative FR/GE GAIA-X est sa première pierre qu'est l'accord stratégique OVH-T.SYSTEM. C'est au travers de ce type d'action concrète a court terme portée par un noyau un noyau d'acteurs économique qui croient au marché que la dynamique pourra ensuite s'amplifier.

Vice Amiral d'Escadre (2S) Arnaud COUSTILLIERE
ancien Directeur Général NUMérique et des systèmes d'information et de communications du Ministère des Armées

Si Donald Trump est réélu , on sait à quoi s'attendre ... et ce n'est pas bon.  Un affaiblissement du financement américain à l'OTAN, avec une volonté clairement affichée de mettre en pratique la devise "I want my money back !" Par tous les moyens, y compris des pressions fortes sur les gouvernements européens pour qu'ils achètent des équipements de défense américains. Si Joe Biden est élu peut-on s'attendre à un retour de la politique  pratiquée à l'époque de Barack Obama? C'est probable.
Enfin, dans les deux cas, une incertitude existe dans le court terme: quelle sera l'attitude des États -Unis face à la Turquie? C'est certes un problème plus spécifiquement français mais auquel nos alliés européens membres de l'OTAN ne peuvent être indifférents.

Ingénieur Général Hors Classe de l'Armement (2S) Louis LE PIVAIN - Vice Président du GICAN

Du point de vue institutionnel l'ONERA fait l'effort de maintenir la relation avec
l'ensemble de ses partenaires américains, qu'il soient civils comme la NASA (en direct et via l'IFAR (association mondiale des établissements recherche aéronautiques) ou militaires (institutions relevant du DoD, OTAN) , bien sûr en accord avec la tutelle.

La situation devrait rester la même quel que soit le résultat des élections. Le plus impactant dans nos relations internationales, quel que soit le continent, est bien sûr la situation sanitaire et toutes les contraintes, légitimes, qui en découlent
Ingénieur Général Hors Classe de l'Armement  Bruno SAINJON - Président de l'ONERA

La politique étasunienne n'a jamais vraiment changé au cours des 40 dernières années avec un objectif fixé à la fin des années 1970.
le fond reste le même, la forme a changé et rechangera sans doute
L'influence étasunienne est amoindrie dans le monde mais avec un souhait réaffirmé de liens forts sur l'Europe
Les pays européens dont désormais la France ont souhaité bénéficier de la protection de l'OTAN sans faire d'efforts
le visage de l'OTAN a changé. il n'est pas question de parler d'armée européenne sans identité européenne
Le désordre provoque la force des puissances émergentes

Contrôleur Général des Armées (2S) Jacques PERGET

Les Etats-Unis se sont historiquement constitués comme s'abstenant d'intervenir dans toutes les querelles intra européennes, maîtrisées tant bien que mal dans le concert européen des nations au XIXème siècle.

A cet égard, la déclaration du président Monroe est à interpréter comme « chacun chez soi » : l'Europe aux Européens, l'Amérique aux Américains.

C'est à leur corps défendant que les Américains se sont trouvés impliqués dans les deux guerres mondiales.

Leur souhait le plus cher, qui a été une ligne directrice de leur politique étrangère, est que les nations européennes vivent en paix et soient suffisamment prospères pour nourrir le commerce transatlantique. Le plan Marshall conditionnait à cet égards une assistance économique et financière des pays européens à une coopération européenne plus étroite.

Un deuxième facteur, essentiel et invariant, est celui de la géographie.

Les Etats-Unis, pays à l'échelle d'un continent, n'ont pas de voisin belliqueux immédiat. Cuba, qui a constitué une menace dans les années 1960, n'en est plus une véritable. Ils sont entourés de l'océan atlantique et de l'océan pacifique et partagent leurs intérêts militaires et économiques entre les pays riverains de ces deux océans.

Les Etats-Unis, première puissance économique et militaire mondiale, ont des compétiteurs, la Russie, la Chine tout particulièrement.

L'Union européenne, aux frontières mal définies, est entourée de voisins qui peuvent être hostiles. L'histoire terriblement fragmentée des peuples européens fait percevoir le voisin russe comme une menace historique pour les Polonais et les Baltes. Il en est de même pour les Hongrois ou les Grecs qui se sont affranchis du joug turc par les armes. L'immense territoire africain que la Méditerranée unit à l'Union européenne est un continent plein de promesses mais aussi de graves incertitudes et de menaces certaines.

Ces différences géographiques, fondamentales, introduisent un clivage dans la relation transatlantique qui reste pour nombre de pays européens, membres de l'Alliance atlantique, le pilier de leur sécurité collective.

Ingénieur Général de l'armement (2S) Olivier GRAS - Ancien responsable d'affaires industrielles à la DGA - membre du Comité Scientifique de l'I.R.C.E.

Il n'y aura pas de réels changements de fonds sauf à changer de personnalité dérangeante. Si D. Trump est en guerre économique contre l'Europe et a changé la façon de traiter ses alliés et ses ennemis, J Biden n'annoncera pas forcément le retour dans l'ancien monde car les Etats-Unis ont changé.  Si J. Biden est élu, il n'existera pas d'inflexion dans les relations militaires car les militaires étasuniens sont persuadés d'avoir besoin de leurs alliés que ce soit politiquement et même de façon opérationnelle avec une appréciation des capacités européennes. D. Trump a voulu rassurer les alliés de l'Est européen avec transfert, voire apport de troupes, en même temps qu'une orientation sur l'Asie. La troupe aime D. Trump mais les officiers préfèreraient un autre chef. 

Un Officier Général en activité

Je ne peux m'empêcher d'avoir un certain sentiment de perte de stabilité passée.

L'élément principal de toute relation est la volonté de maintenir et de renforcer un lien. Lorsque cette volonté est soumise à l'attaque de forces de désintégration, internes et externes, intentionnelles ou non, la force du lien est mise à l'épreuve. On constate qu'à l'heure actuelle, le lien États-Unis - Europe souffre et la tendance naturelle à prendre soin de soi dans les situations difficiles s'est renforcée. Si cette situation persiste, elle peut finir par corroder les relations et balayer la vision de la communauté.

C'est en ces temps difficiles que nous avons besoin de ces dirigeants intelligents et déterminés pour voir la situation et y remédier avant que la détérioration ne sape les piliers des relations et que le bâtiment, construit depuis tant d'années, s'effondre comme une canne à sucre attaquée par le liquide.

La grandeur et l’ouverture d’esprit sont nécessaires pour amener les pays dans cette situation, bien qu’il reste toujours la question de savoir si nous y sommes parvenus précisément à cause de dirigeants médiocres et incapables.

Le lien États-Unis - Europe repose sur la défense de valeurs communes. Ces valeurs sont restées presque inchangées pendant de nombreuses années, mais l'énorme développement d'Internet a conduit à la diffusion massive et incontrôlée d'informations dans le monde entier et, d'une certaine manière, nous avons tous muté, nous ne sommes plus comme avant. Nos préoccupations sont désormais le changement climatique, l'immigration, le cyberactivisme, les réseaux sociaux, les «fake-news», etc.

Ce nouveau monde a surtout renforcé l'individualisme, qui est un élément de désintégration de premier ordre. Il n'est pas étrange que des populismes, nationalismes, régionalismes apparaissent ou que les sentiments religieux se renforcent; que le déclin des institutions nationales et internationales se produise; et que les relations internationales s'affaiblissent.

La pandémie COVID19 a principalement renforcé tous les éléments désintégrateurs et représente, pour plusieurs pays, une opportunité de changer l'ordre mondial actuel.

Espérons que nos dirigeants en Europe et aux États-Unis sauront évaluer correctement la situation et se montrer à la hauteur. Pariez-vous?

Colonel AA Alfredo Ortega BOLADO (r) - Conseiller au Département de Sécurité National Espagnol

Ancien Attaché de Défense et de l'Air auprès des Ambassades d'Espagne en France, Pays Bas,  Belgique et Luxembourg.

Le premier débat télévisé entre les candidats Trump et Biden à la présidentielle américaine a été retransmis en direct sur les chaines françaises d’information en continu. Deux semaines plus tôt, le discours de la Présidente de la Commission Européenne Ursula Von der Leyen sur l’Etat de l’Union n’avait pas eu le droit à un tel podium.

La prochaine élection américaine captive, par-delà les frontières, par l’affrontement entre deux candidats porteurs de deux programmes largement antagonistes, dont l’issue pourrait profondément changer le devenir des relations entre les USA et leurs alliés, dont l’Europe.

Les acteurs du spatial européen observent eux aussi avec intérêt ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, mais constatent que la politique spatiale américaine a été peu abordée durant la campagne. Quelle que soit l'administration qui prêtera en effet serment en janvier prochain, l’accord bipartite selon lequel l'espace est essentiel à l’économie et à la défense américaine fait l’unanimité et n’est remis en question par aucun des deux candidats.

Au-delà des très visibles programmes d’exploration, le spatial est devenu un enjeu stratégique majeur aux États-Unis : sous l’administration Trump notamment, à travers sa stratégie spatiale nationale, la volonté d'assurer et de maintenir la domination américaine dans l'espace est omniprésente. La création du Space National Council qui traite à la fois à la définition de la politique spatiale, aux questions commerciales et réglementaires (comme l’attribution des fréquences et de la bande passante), à la gestion du trafic spatial et à la cybersécurité en est une illustration évidente. La création de la Space Force qui a consacré l'espace en tant que « théâtre » pour la défense nationale ou le décret américain ouvrant la voie à l'exploitation des ressources extraterrestres en sont d’autres.

Cette stratégie, tirée par des considérations stratégiques et de défense, est depuis peu accompagnée d’une politique industrielle favorisant en parallèle le développement d’activités commerciales, avec la mise en place récurrente de partenariats public-privé et de contrats à prix fixe avec des entreprises privées (par exemple avec SpaceX pour l’envoi d’astronautes depuis le sol américain vers l’ISS). Le phénomène du « New Space » dont SpaceX est une figure de proue, est aussi le reflet de cette tendance qui permet non seulement à l’Etat d’être plus réactif, de libérer des fonds pour financer de nouvelles activités de développement capacitaire stratégique et, en plus, d’avoir une politique agressive sur les marchés commerciaux, ce qui est intéressant financièrement mais aussi pour exercer une pression continue sur les activités des concurrents non-américains.

Le risque pour l’Europe spatiale est donc, et ce quel que soit le futur président des États-Unis, que ses acteurs ne puissent rapidement plus être considérés comme interlocuteurs crédibles, y compris en tant qu’alliés, si nous ne nous dotons pas de capacités similaires, qui soient portées par un réel engagement des acteurs institutionnels pour une politique spatiale européenne ambitieuse, en ce compris dans ses aspects « défense ».  Et il n’existe de politique spatiale ambitieuse, quelle que soient les puissances et quels que soient leurs leaders, que soutenue par une politique industrielle solide et cohérente.

André-Hubert ROUSSEL - Président d'ArianeGroup et d'Eurospace

Les programmes Trump et Biden sont beaucoup plus différents qu'il n'y parait ( fiscalité,  relance, climat, multilatéralisme, ... ),  mais quel que soit l'élu,  il s'occupera d'abord de son jardin de proximité.  La mondialisation n'est plus de mode,  et les chinois ont d'ailleurs tout fait,  au-delà de l'acceptable, pour qu'il en soit ainsi.

Dans ce cadre,  il FAUT absolument que l'Europe se réveille,  existe,  et pèse de son vrai poids : économique,  financier mais aussi sociétal et social,  culturel,  visionnaire. Carl Gustav JUNG disait : " Les crises ... ne surgissent pas par hasard.  Elles nous servent d'indicateurs pour rectifier une trajectoire, pour explorer de nouvelles orientations ... ".

Nous aurons la chance de pouvoir profiter du grand Cirque de ces élections américaines,  de ses excès,  de ses outrances,  pour marquer l'Europe d'une vraie personnalité positive. Tant que nous nous contenterons de penser que tout ce qui est bien c'est grâce à nous,  grâce à la France,  et que tout ce qui fait mal ou est inutile c'est à cause de Bruxelles,  nous n'irons pas très loin.  Et nous nous déliterons lamentablement,  comme les britanniques en prennent le chemin.

Nous avons l'opportunité,  et la chance, de faire avancer l'idée d'une Europe plus forte,  plus unie et mieux armée face aux défis mondiaux qui nous attendent,  avec certitude. Le sommet du mois de juillet,  et le plan de relance ( financé par la B.C.E.),  est une occasion unique de faire un pas dans la bonne direction,  vers un fédéralisme positif et productif. Le principe de base de la création de l'Europe ( CECA, Traité de Rome, différentes extensions )  était le principe de l'Association.  Donc du strict volontariat.

Il est temps de consolider ces acquis ( cfr discours Trichet ) et de passer à une phase 2 plus pro-active,  plus enthousiasmante,  et plus intégrative. Nous voyons tous les jours,  sous nos fenêtres,  de Varsovie à Lisbonne,  que ce bénévolat inefficace ne suffit plus et ne fonctionne pas pour affronter les défis de demain.Les virus passent les frontières,  les réseaux sociaux les ignorent,  les idées terroristes s'implantent joyeusement,  les excès de la finance et de la misère nous font honte.

Il est temps,  et le bon moment,  pour que Parlement européen et la Commission s'accordent sur un certain nombres de priorités à mettre en commun,  avec un modus operandi décidé démocratiquement ainsi qu'un suivi sérieux et responsable.

Aucun pays,  même lesdits frugaux, ne pourront se passer des milliards de la BCE pour leur relance.  Il y a une opportunité à saisir pour faire un pas,  motivé et justifié,  avec élégance et efficacité,  vers plus de fédéralisme européen.  Le couple franco-allemand doit être aux commandes ( 37 % PIB eur. ),  aidé par les 3 autres " grands ": Italie, Espagne et Benelux.

Les autres pourrons toujours se draper dans les droits du Traité de Lisbonne pour suivre,  ou pour quitter le navire.  Mais il faut aller de l'avant.

Marc WAUTHOZ - Ancien haut cadre bancaire belge - membre du Comité Scientifique de l'I.R.C.E.

Marc WAUTHOZ - Ancien haut cadre bancaire belge - membre du Comité Scientifique de l'I.R.C.E.

Je commencerai par une citation qui m'a frappée: "C'est l'un des signes auxquels on reconnait son attachement pour un pays: on aimerait y voter" (Jérome Chapuis dans La Croix l'Hebdo). Et par une reflexion complémentaire que m'inspire le prochain 50ième anniversaire de la mort du Général De Gaulle: c'est peut être aussi parce que nous avons failli à son message d'indépendance  que nous sommes si anxieux du résultat .  Et que nous en exagérant l'importance stratégique pour nous. Notre dépendance monétaire, juridique, stratégique, militaire, technologique, médiatique et culturelle (pensons à me too et Blacks live matter) et peut être médicale (cf prochain vaccin) reste absoluement considérable. 

Ce n'est pas très original mais je ne pense pas qu'en matière de défense et en matière économique , la différence soit vraiment majeure entre les 2 vainqueurs possibles. Même si j'espère comme beaucoup de Français et d'Européens la victoire de Biden avec des conséquences positives sur la politique climatique et peut être un certain apaisement commercial. Je ne crois pas vraiment à un rapprochement " atlantico/occidental" face à la Chine , qui restera la 1ère préoccupation des USA. quoiqu'il arrive. Et l'Europe serait bien avisée de s'occuper très très sérieusement de sa Défense , ce que je ne perçois pas vraiment en particulier par le prochain plan de relance .

Ce que j'espère principalement d'une victoire de Biden, c'est de voir enfin tomber un extravagant et dangereux populiste , ce dont l'Europe, et accessoirement mes 2 petits enfants américains, ont un urgent besoin. Devrons nous prochainement nous préparer, puisque nous importons tout de l'ouest,  à barricader nos commerces au soir des élections comme à l'annonce d'une tempête ou d'une manifestation de gilets jaunes ? Si Trump l'emporte je me consolerais dans l'espoir d'un réveil de l'Europe et de ses dangereuses illusions de protection par son  "grand frère " américain.


Jacques PASQUIER - ancien responsable de programmes industriels aérospatiaux


 

Il convient de souligner l'Importance du dossier NordStream2 et l’importation de gaz de schiste américain qui devrait diminuer à terme quel que soit le résultat des élections car les entreprises ne sont pas rentables;

Si Biden gagne, il ne devrait plus y avoir de nouvelles licences, synonyme d’arrêt car les entreprises se finançaient auprès des banques sur base du potentiel des nouveaux puits. S’il n’y a plus d’intérêt exportateur, la bataille US contre NS2 perd au moins une justification économique.
 
Quelle que soit l’issue, la transition énergétique va avancer, soit portée par l’industrie et la finance soit aussi soutenue par des politiques publiques. Pour le moment la FERC bloque certaines avancées et même si elle est une agence indépendante elle devra, le cas échéant, s’aligner sur les objectifs fédéraux.

Une personne anciennement en poste aux Institutions européennes 

Avec J. Biden, il est possible d'espérer une meilleure coopération sur une priorité importante de l'UE qui est le climat. J. Biden sera à priori globalement plus favorable au multilatéralisme, coopération imaginable à l'OMC, même si ce ne sera pas facile, et à l'OMS. Il y aura une vision plus favorable de l'UE. Abandon de l'approche trumpienne voyant l'UE comme une ennemie et focalisant sur le déficit commercial américain. Coopération possible sur la Chine et sur d'autres sujets commerciaux, même si les conflits bilatéraux (Airbus/Boeing, taxe sur les services numériques) ne disparaîtront pas d'un coup de baguette magique. Pas de grand partenariat du type TTIP, même si certains pourraient en rêver (mais les raisons de l'impossibilité à conclure sous Obama sont toujours là et ne seront probablement qu'accentuées avec Biden). Vision possiblement plus favorable de l'autonomie stratégique européenne (l'Europe prend en charge la stabilisation de son voisinage et permet aux US de se concentrer sur l'Asie). Avec cette nuance que l'engagement international des US pourrait être fortement contraint / limité au strict nécessaire du fait de l'ampleur des sujets à traiter sur le plan domestique.

Une personnes des Institutions européennes

Pour les alliés des Etats-Unis, notamment l'Europe et les pays membres de l'OTAN, Joe Biden fait savoir que l'engagement des Etats-Unis vis-à-vis d'eux est sacré est non conditionnel. Les Etats-Unis reviendront à l'Accord de Paris sur le climat et s'engageront sur l'objectif d'une économie entièrement décarbonnée en 2050. Ils rejoindront également l'Accord sur le nucléaire iranien si les dirigeants de ce pays respectent leurs engagements. Joe Biden se prononce pour la non prolifération nucléaire et pour parvenir à un accord avec la Russie sur la limitation de l'arme atomique. Il continuera à défendre le libéralisme et les valeurs occidentales avec le slogan « Pourquoi l'Amérique doit continuer à guider le monde ».

 En conclusion, il est certain que si Joe Biden est élu Président des  Etats-Unis, les relations internationales vont être plus apaisées, et un nouvel ordre mondial sera érigé surtout après la grande épidémie du Covid 19 qui a frappé la planète en cette année 2020.

Une famille du Colorado de l'un de nos membres

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