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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

Dans le cadre de nos publications, nous invitons un certain nombre de personnalités membres ou en dehors, de bien vouloir s'exprimer sur des sujets variés en lien avec les dynamiques européennes dont nationales et internationales, qui n'engagent que leurs auteurs

Nous vous livrons ici certaines contributions sur les crypto-monnaies 

En avance d'autres contributions à venir, 

Merci à Marc Wauthoz, économiste, ancien responsable stratégique bancaire, membre et conseiller spécial finances de l'IRCE - février 2021

Les Crypto monnaies

 

Nous sommes à l’heure du « en même temps »  nous répète notre Président.        La mondialisation est critiquée de toutes parts, et,  en même temps,  le commerce s’internationalise à marche forcée.  AMAZON explose en bourse        ( + 228 % en 3 ans ),  ALIBABA  le concurrent chinois s’introduit à  …Wall Street,  LVMH s’arrange avec TIFFANY,  TESLA surprend tous les analystes,  etc.  Paradoxalement les grandes monnaies internationales servent des intérêts de plus en plus étroits et égoïstes : depuis KENNEDY et NIXON nous savons que « le Dollar c’est leur devise mais notre problème »,  que le déficit public américain de la seule année 2020 est supérieur à 120 ans de déficit français,  que les chinois se servent du Yuan comme d’une arme,  et que la B.C.E. ( la Banque centrale de 17 pays européens dont les plus grands ) profite des taux d’intérêts négatifs qu’elle impose à ses meilleurs déposants.  Créer des milliers de milliards d’euros par la planche à billets et gagner très bien sa vie en pénalisant les banques qui viennent ensuite les redéposer,  il fallait y penser.  C’est une aberration,  l’Euro,  l’Europe et son industrie méritent mieux.

Peut-on dès lors reprocher à certains de vouloir s’exonérer de ces petits jeux ?

Les monnaies virtuelles,  numériques et cryptées ( c.à.d. non accessibles à qui ne dispose pas des codes ) sont de 2 natures, et elles remplissent 3 fonctions.    Je vais vous en parler.  Mais avant de m’y atteler,  je voudrais faire 2 petits préambules pour noter des projets,  et non des réflexions,  qui animent discrètement la Banque Centrale Européenne.   Nous avons trop souvent tendance à réduire notre B.C.E. à une chambre des suivis et des régulations de transactions,  alors qu’elle désire aussi préparer l’avenir des 17 pays qui lui font confiance. ( 90 % du P.I.B. européen ).

  • Le PEPSI : Pan European Payment System Initiative. (la décision est prise)

Ce projet ambitieux est de lancer un challenger au système et à la carte VISA,  ainsi que de son petit concurrent MASTERCARD.  Il y eut,  dans les années  ’80,  une carte de paiement qui s’appelait EUROCARD.  Vite achetée et absorbée. VISA  est une des entreprises les plus « juteuses » de la planète finance :  50 % de son chiffre d’affaires propre est du bénéfice … naturellement non taxé.                 D’après Jean-Claude TRICHET ( dîner du 22 septembre 2020 )  si 60 % des réserves monétaires mondiales sont en $,  et seulement 20 % en €,  pour les transactions internationales on serait à 40 % en $ et déjà 36 % en €.  Il y a donc un vrai enjeu de souveraineté européenne,  d’autant plus que,  au-delà de l’exécution des transactions,  VISA ne se prive pas de faire commerce de toutes les informations - très riches - que ces transactions véhiculent.   Dans un pays comme la Suède où le cash a pratiquement disparu et où tout passe par VISA, le commerce des informations est un vrai trésor, à l’abri du R.G.P.D. européen.

  • L’EURO Numérique.  ( décision prévue mi-2021 ).

Les Euros numériques pourraient être capitalisés dans une application de type  smartphone ou sur une carte en plastique,  et donc hors du système bancaire.  Une sorte de sac à dos virtuel.  Comme le Bitcoin dont nous allons parler, l’Euro numérique utiliserait la sécurité technologique de la Blockchain ( = processus opératif traçable et infalsifiable ).  La BCE se fait forte de sécuriser cette technologie,  avec l’historique et l’identification des détenteurs ainsi que le suivi des usages de cette devise numérique,  en cas de besoin.                                   Pour l’Autorité monétaire européenne il s’agit ni plus ni moins que de ne pas se retrouver hors jeu face au développement inéluctable des crypto-monnaies.

Quelles sont les caractéristiques de ces Crypto-monnaies ?   -  Spéculatives,  et  Liquidatives.      Quelles sont leurs fonctions ?   Elles sont 3 :    Gagner de l’argent,   beaucoup d’argent et très vite.   Mais aussi : payer sans risque une transaction entre un vendeur et un acheteur qui,  a priori,  ne se connaissent pas.  Enfin,  troisièmement,  ce que nous n’imaginons pas dans nos pays riches et développés : se constituer un patrimoine vraiment protégé et loin des risques financiers systémiques ( hors crimes et délits actés ).

Les Crypto-monnaies spéculatives : le BITCOIN,  sans oublier : l’Ethereum,  le Ripple, et tellement d’autres.  L’imagination déborde, à coups de milliards de $.   Je ne vous parlerai que du BITCOIN,  le plus connu.  Au cours actuel le poids des Bitcoins est estimé à plus de 200 milliards de $, c’est la 6ème monnaie mondiale.  Créé en janvier 2009,  par un inconnu ( NAKAMOTO ) suivant un algorithme lui aussi non connu,  sa spécificité est que la quantité en circulation est un nombre verrouillé.  Sa valeur est donc indicée sur sa rareté,  comme une œuvre d’art ou un très grand cru.  La valeur de départ était 8 dix millième de dollar ( 1/10 Yen).   Un an après il valait 100 fois plus.  Encore 160 fois plus = 11 € en janvier 2013 et 200 € 3 mois plus tard.   Le record fut de 16.376  €  le 16 décembre 2017.  Mais ce Bitcoin ne valait plus que 2.800 €  juste un an plus tard fin 2018,  pour re-dépasser les 9.000 € en février 2020.   Sa valeur est un peu plus de 10.000 €  aujourd’hui.   C’est de la roulette,  un vrai casino,  mais certains aiment ça.       Je ne juge pas,  je reste prudent bien que tout porte à croire que le cours pourrait encore grimper,  spéculativement.   L’action TESLA a bondi de + 402 % en 2020  sans aucune corrélation industrielle,  alors  …  « sky is the limit ». Surtout par ces temps de crise,  une crise qui ne touche pas tout le monde.

Les Crypto-monnaies liquidatives : comme le TETHER,  de droit suisse.  Le Tether est une sorte d’amortisseur stabilisateur du dollar,  face à l’euro et au franc suisse.  Son cours,  en U.S. dollars,  n’a pas varié de plus de 2 % au cours des 5 dernières années.  Nous parlons quand même d’une capitalisation de    16 milliards $.  C’est le Tether qui inspire le projet de LIBRA voulu par Facebook.  Peut-on leur en vouloir d’y réfléchir compte tenu des restrictions et des tracasseries de paiement dans le monde.  Il ne s’agit pas que de vouloir doubler Amazon,  ou d’aller plus vite que  PayPal  qui nous dit vouloir autoriser la capitalisation de Bitcoins avant la fin 2021.  Quand un livreur français ou belge  veut s’assurer d’être payé par son acheteur ukrainien ou taïwanais  ( et je ne parle pas des administrations qui paient au lance-pierre )  je peux fort bien comprendre que nos livreurs évitent de se fier aux règlements interprétatifs de la Banque de France ou aux ukases américains.

Quelles sont les raisons du succès des Crypto-monnaies ?

1 – Une pulsion irrationnelle :

Le jeu,  les paris comme sur Internet,  la spéculation et l’appât du gain facile.   Ce n’est pas ma philosophie, mais qu’on le veuille ou non ça existe et nous en avons tous les jours des preuves,  parfois désolantes.

2 – L’utilité et la traçabilité :

J’utiliserai une métaphore : quand j’envoie une carte postale,  je ne l’ai plus,  je n’ai plus rien en main.  Mais quand j’envoie un mail je garde d’une trace,  une preuve et parfois même, un avis de réception instantané.   Un paiement électronique est donc bien plus rassurant qu’un paiement cash ou qu’un chèque qui se balade.  Sauf peut-être pour des petits montants,  souvent garantis par des banques.  On pourra dès lors se réjouir de ce que la BCE préfère s’appuyer sur une blockchain contrôlée et contrôlable plutôt que sur des directives et/ou des dénonciations ( Tracfin ) appliquées dans des banques souvent très différentes.   Certains pays ne se privent pas d’interpréter les procédures  de conformité avec complaisance.  Au Luxembourg ?,  en Lettonie lors d’un scandale récent ?,   à Chypre où tout peut s’acheter ?   Pas de ça chez nous,  c’est bien sûr à tort que BNP Paribas fut condamnée à 9,5 milliards de $.

3 – Réserve patrimoniale :

Pour les habitants des 37 pays de l’O.C.D.E. nous n’imaginons naturellement pas de nous retrouver sans le sous.  Comme nos richesses croisées dépassent largement les 65 % du patrimoine mondial,  nous pouvons prévoir nos vieux jours en Dollars américains,  canadiens ou australiens,  en Euros,  en Sterlings, en Yens, en Wons ou en Francs suisses.  Mais,  pour un vénézuélien en pleine crise,  un argentin en pleine faillite d’Etat,  un taïwanais en plein danger c’est beaucoup moins évident.  Il y a l’or,  ou des bijoux,  mais pour les stocker et les vendre ce n’est pas toujours évident.  Les gagnants de la « France-Afrique » aiment l’immobilier parisien,  les chinois préfèrent New-York ou Toronto,  les russes la Côte d’Azur.   Ne sous-estimons pas ces tirelires « pour la soif » qui pourraient permettre des achats sur Amazon.com,  par Pay-Pal,  ou simplement pour vivre tranquillement.   Quand le Président XI-JINPING déclarait à la tribune de son Congrès que la première puissance mondiale n’était plus les Etats-Unis mais GOOGLE,  peut-on lui donner tout à fait tort ?   Quand APPLE,  première capitalisation mondiale, dépasse 1.000 milliards de $,  alors que le déficit public américain de la seule année 2020 dépassera 3.000 milliards de $,  peut-on reprocher à l’homme prudent,  voire légitimement inquiet,  de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ?   J’en ai peut-être croisé quelques-uns de ces inquiets à long terme quand j’ai créé la Banque Populaire à Luxembourg ? Pour un brésilien travailleur,  un islandais déjà rasé une première fois,  ou un africain qui vient de renoncer au Franc CFA,   je ne dis pas qu’un petit compte en Bitcoins ( achetés à bon propos ) dans une banque en Suisse ou à Singapour ne permettrait pas de faire l’économie des médicaments pour dormir.                

Quelle que soit l’une de ces 3 fonctions des Crypto-monnaies qui sera retenue,  je ne parle pas de l’argent du crime,  des mafias,  de la drogue ou du fruit des combines politiques ou immobilières. Une étude assez sérieuse, menée il y a 2 ans par un grand cabinet conseil ( E.Y.)  nous révélait que les 2 / 3 des opérations en Bitcoins étaient frauduleuses et/ou criminelles.  Il n’y a rien d’exceptionnel à ce que les voleurs aient une longueur d’avance sur les gendarmes,  c’était toujours ainsi dans nos jeux de la cours de récréation.    Mais il est de notre totale responsabilité qu’à la fin ce soient les gendarmes,  la loi et la justice qui gagnent.  Nous avons toutes les armes pour ne pas confondre  « anonymat » et « pseudonymat ».  L’anonymat c’est le cash,  les valises de billets,  les lingots d’or,  ou des œuvres d’Art.   La discrétion des algorithmes,  les clés à plus de 20 caractères pour les paiements en Bitcoins ou d’autres crypto monnaies sérieuses,  sont toujours traçables pour qui le veut et pour qui le peut. La parfaite collaboration entre les Etats et leur Justice est une des conditions pour que les blockchains infaillibles livrent leurs secrets.  Toujours,  ne varietur.   Vous vous souvenez de cette métaphore : la carte postale une fois dans la boîte ne laisse aucune trace,  ce qui n’est pas le cas d’un mail. 

C’est cette visibilité qui autorisera la B.C.E. à emprunter résolument le chemin de l’euro-numérique.  La sécurité sera gagnante,  sans nuire à la confidentialité de qui,  et de ce qui,  le mérite.   Acceptons d’être modernes,  plutôt que de jeter nos forces sans raison dans un combat nostalgique,  et perdu d’avance.

Acceptons la numérisation de la monnaie,  le cryptage pour qui ça peut amuser,  avec lucidité et régularité,  mais aussi par justice distributive car la fraude fragilise inexorablement les plus faibles.  Il y aura des scandales,  des faillites,  des désillusions.  Il y aura aussi une prise de conscience des limites de la toute puissance des Banques centrales ainsi que des abus de positions dominantes tant de la « Federal Reserve » que de la B.C.E.,   à coups de milliers de milliards.                                           Cessons de nous voiler la face.    Acceptons ce défi.    Résolument.

Marc Wauthoz, économiste, ancien responsable stratégique bancaire, membre et conseiller spécial finances de l'IRCE - février 2021

 

 

LES CRYPTO MONNAIES - TRIBUNES ET CONTRIBUTIONS
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