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Publié par IRCE - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

voici le troisième volet sur le fédéralisme. Une colloque est en préparation sur ce sujet

 

Suite des parties 1 et 2

Achevons l’édifice du fédéralisme européen (3/3)

Une identité fédérale européenne forte de ses différences

L’Europe vit un déficit de citoyenneté et souffre de légitimité démocratique. La vision européenne n'est pas un copier-coller des identités et des aspirations de chaque pays mises bout à bout. Elle est le résultat de ce qui sortira de l'alambic de ce "qui est bon pour l'Europe".

 

Par François CHARLES

économiste, DESS Défense, conseil en stratégie et management, ancien responsable de politique industrielle internationale, président de l’Institut de Recherche et de Communication en Europe (IRCE)

 Nous n’avons pas tous les mêmes lunettes. Coutumier des programmes en coopération, je sais qu’un allemand, un français, un britannique et un polonais n’entendent pas tous le coq de la même façon et ne travaillent pas de manière identique. Mais quelle force quand nous savons être complémentaires à la fois dans nos savoirs, nos savoir-faire et nos savoir-être !

Au-delà des ses strates techniques et juridiques, l’Europe doit atteindre sa dimension stratégique et politique de prise de conscience. Le prix Nobel a été une sorte de petit miracle, comme une apparition, pour faire prendre conscience et rappeler qu’en période de crise ou d’euphorie, souvent temporaire, il en va de la survie et de l’intérêt des peuples à fonctionner ensemble sauf à préférer la guerre disparue depuis la création de l’organisme supranational de la CECA. Certes l’objectif initial d’endiguer les guerres par le contrôle du charbon et de l’acier est loin. La « carte et le territoire » ont changé, les objectifs ont évolué.

Comme dans une équipe, forte de ses segmentations et de ses différences, pourquoi ne pas valoriser et responsabiliser chaque pays européen et éviter ainsi les regains de nationalisme et qu’un trop grand fossé ne grandisse. Si les PECO ont été intégrés plus vite que prévu à cause des risques d’instabilité qu’ils représentaient aux frontières de l’Union, ils ne doivent pas non plus oublier, comme aussi la Grèce, l’Espagne ou l’Irlande, la manne financière apportée par l’Union pour leurs infrastructures. Ils ne doivent pas non plus en faire un atout pour désormais concurrencer les autres pays membres mais plutôt les autres blocs mondiaux. Mais comme dans une structure, il peut y avoir des sous-groupes.

Le modèle allemand est-il à suivre ou à compléter ? Il peut certes être reconnu dans le domaine de la finance avec la force passée de la zone Mark. Mais les entreprises franco-allemandes doivent-elles être identiques ou plutôt complémentaires ? Le couple franco-allemand semble avoir sauvé l’Europe, l’Euro. Portons nous un regard suffisant sur ce que pourrait apporter la Pologne et les nouveaux entrants ? Pourquoi ne pas mieux comprendre les  revendications culturelles, financières, économiques et miser sur les forces de chaque pays ? Pourquoi ne pas créer de vraies politiques d’intégration comme par exemple sur l’énergie où un pays peut se spécialiser sur certains types de ressources ou de production ? En matière de coopération industrielle, n’oublions pas que c’est Airbus qui a fait l’Europe, certes avec un cadre d’échanges auparavant créé par l’Union. La politique agricole commune n’a-t-elle pas de politique que le nom ? La réglementation sociale, créant notamment des dysfonctionnements dans la concurrence, ne doit-elle pas mieux garantir les pays les mieux protégés ou alors ne doit-on pas trouver un juste milieu entre les hausses des uns et la baisse des autres ?

Une nécessaire acceptation de « perte de pouvoir »

Comme dans tout type d’organisation, la plus grande crainte est la perte de pouvoir. L’Europe a appris à fonctionner pour l’instant avec des règles juridiques et économiques mais pas encore avec un pouvoir politique permanent. Il s’agit ici pourtant d’obtenir un pouvoir commun plus fort au profit et avec les Etats-membres. Si l’Union était plus protectionniste et plus forte, les nationalismes disparaitraient d’eux-mêmes. Les taxes sur la porcelaine doivent être politiques et non plus réglementaires après dépôt de plainte. Mais la levée des droits sur les stylos chinois n’est-elle pas politique ? Nous devons être fiers d’être européens comme le sont les étasuniens d’Amérique. Imaginons la force pour l’Europe si elle était elle-même membre permanente à l’ONU.

Certains ont peur d’une perte d’indépendance quand le but est de créer une vraie interdépendance avec peut être avec un centre de gravité différent. Certes

ni la France ni l’Allemagne ne pourraient plus ensuite porter leur propre voix mais celle plus forte de l’Europe, sauf à considérer qu’il y a un duo de locomotives et des wagons. Le couple franco-allemand et les pays fondateurs sont-ils prêts à considérer ce nouveau centre de gravité au-delà des présidences tournantes ? L’article 3 de notre constitution  stipule que la constitution appartient au peuple. Qu’en sera-t-il pour l’Union ? Sachons relire Tocqueville et le fédéralisme démocratique mais tout en veillant à la suprématie abusive du peuple.

La confiance passera par la défense

Nous avons fait taire les canons mais la défense reste la clé du problème. Faut-il une défense européenne de circonstance avec des matériels disparates sans un vrai budget commun ou une vraie armée qui peu à peu supplante les armées nationales ? Ayant œuvré en interarmées sur le terrain et dans les programmes d’armement, je sais que le chemin est long.

Mais la question ne se pose plus si nous voulons achever l’édifice fédéral au-delà des plaies, des cicatrices et des règles féodales. Les trois piliers qui permettaient de cloisonner les étapes mais qui maintenaient une compétence propre des Etats, surtout en matière de défense, sont désormais tombés. Les comportements dans l’industrie de défense doivent également changer pour éviter de copier ce que fait l’autre par principe de souveraineté. La directive sur la transparence des marchés publics de défense et de sécurité, en évitant les offsets, fera peut être bouger les mentalités si nous savons aussi protéger le marché intérieur. Misons par ailleurs également sur le lien commun de la logistique.

Les « petits pays » peuvent être une clé du fédéralisme plutôt qu’une crainte. Il convient de les intégrer dans une dynamique globale comme nous avons réussi à le faire sur les projets industriels à l’OTAN, véritable vecteur d’intégration européen. Mais il leur faut du temps suite à notre abandon en 1938 et aux traces laissées ensuite. Nous devons faire le deuil d’achats d’avions américains par la Pologne mais n’oublions pas que les Etats-Unis achètent des hélicoptères français, certes avec d’énormes compensations. Pourquoi ne pas instituer des fonds structurels de défense et une DG européenne de défense ?

Comme dans le domaine financier ou sur certaines réglementations, Il est possible de créer des sous-groupes segmentés dans le domaine de la défense opérationnelle ou industrielle en terme de compétence de savoir-faire mais très dépendants mutuellement tout en laissant une certaine forme de concurrence.  

Mais la défense c’est aussi la recherche commune qui est la force motrice transverse de l’Union. Le temps du X-35, véritable pompe d’assèchement de nos crédits de recherche pour un appareil pseudo américain sans positionnement marketing, est terminé ! Développons nos structures que sont l’AED et l’OCCAR au profit d’une vraie approche européenne.

Achevons l’édifice du fédéralisme européen (3/3)
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