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Publié par IRCE - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne

Le président HOLLANDE a réussi à récupérer, au G20 de St Pétersbourg, le soutien d’une dizaine de pays européens, dont l’Allemagne, pour « une réaction forte » à l’attaque chimique en Syrie, sans forcément appeler à une réaction militaire. Misons qu’elle serve de dissuasion mais avec le risque aussi de devoir s’en servir.

C’est aussi le moment de nous poser la question de savoir comment réagirions-nous s’il s’agissait attaque nucléaire limitée qui pourrait rayer une ville entière de la carte avant d’être généralisée ? Ou alors, faut-il attendre aussi un tel événement pour la mettre à l’ordre du jour comme si elle n’arriverait jamais.

Par François CHARLES

Conseil en stratégie et management, ancien responsable d’affaires internationales à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe

L’objectif n’est pas d’envoyer des bombes pour le plaisir. Cet exercice particulier pourrait servir à la défense européenne et sans doute à nous préparer à prendre les bonnes décisions et résoudre notre question existentielle actuelle, notamment sur le chimique, en abordant par là même le sujet du biologique dont il ne faut pas parler de peur d’une psychose.

Dans un article précédent, j’écrivais que le chimique était l’arme de substitution quand les armes conventionnelles étaient impuissantes. Claude Bartolone a employé à deux reprises un terme intéressant : « le chimique est le nucléaire du pauvre ».

La France et le Royaume Uni sont les deux nations européennes faisant partie du Conseil de Sécurité des Nations Unies avec la Russie, les Etats-Unis et la Chine, qui sont les cinq puissances nucléaires officielles et initiales ayant signé le traité de non prolifération. La dissuasion européenne, si elle existe, repose donc sur ces deux pays qui seront bien en première ligne, comme aujourd’hui, si une telle question se pose sur une attaque en Europe ou en dehors de l’Europe. Si la Russie envoie une réponse ciblée sur une ville de Syrie sans attaquer l’Europe ou les Etats-Unis, aurons-nous besoin d’un temps de réaction ? Quelle bonne conscience aurons-nous ? Quel jeu devrons-nous laisser faire ? Aura-t-on besoin de l’ONU ou saurons prendre nos responsabilités ? A quoi sert donc notre arsenal nucléaire sinon à « ne pas nous en servir » ? A l’heure où chacun lit apparemment avec ses lunettes l’Art 5 de l’OTAN, quelle sera la réciprocité dans le domaine nucléaire où peu de pays la possède ? Les jeux psychologiques déjà abordés dans d’autres articles sont encore plus grands. Il s’agira d’une décision encore une fois politique. Quand certains reprochent au Président de ne pas demander l’autorisation pour des armes conventionnelles, que penser d’une décision nucléaire ! Je ne dis pas qu’il faudra réponse systématiquement mais qu’il faut montrer que nous y avons pensé.

La menace peut venir de l’Inde, du Pakistan, de la Corée du Nord et d’Israël ou d’autres supposées la détenir avec les risques liés sans oublier certains pays disposant peut-être encore d’un arsenal ancien sans forcément pouvoir le générer. L’arme nucléaire a été employée au Japon alors que les villes étaient bombardées avec déjà des centaines de milliers de morts. Les étasuniens ne voulant pas revivre un nouveau débarquement asiatique, bien plus mortel que nos plages de Normande, ont donc choisi le nucléaire à deux reprises afin de pousser l’ennemi à capituler et l’empereur à ne plus être Dieu vivant.

Sur la question de savoir, en Europe, qui accompagnerait une démarche extérieure ou intérieure, le débat est lancé et tout dépendra peut-être encore une fois de l’assaillant et de qui est attaqué. Mais les pays situés de part et d’autre du rideau de fer sous la coupe des missiles à courte portée comme les SS20 ou les Plutons, s’y sont sans doute déjà préparés, comme avant 1989, sans se poser de questions. Le livre blanc de la défense européenne pourra sans doute y répondre avec franchise et lucidité. Et s’il peut être utile de ne pas définir nos intérêts vitaux pour mieux adapter notre réponse aux circonstances, il peut être imprudent ne pas prévoir comment réagir rapidement à de telles crises où « le pire serait de ne rien faire » (HV).

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