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Publié par IRCE - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Une nouvelle vision européenne


euros-obligations : un ciment commun d’engagements limités

La fragilité de la zone euro est donc réduite de par la disparition des risques de volatilité assurant une certaine stabilité économique et budgétaire, toute chose égale par ailleurs.

Il est de plus déjà montré que l’option d’une gouvernance fédérale semble être engagée, même si non affichée, pour franchir un nouveau stade de consolidation.

Désormais, la suite logique de l’effet de confiance partagée serait de créer des obligations européennes utilisant une dynamique financière commune. Elles permettraient de combler certaines failles de fonctionnement et de structure mais surtout de mieux partager l’idée de travailler ensemble au travers d’investissements de croissance.

Par François CHARLES*
Economiste, Conseil en stratégie et management, Président de l’IRCE, ancien auditeur financier

La BCE vient de se voir désormais attribuer la possibilité d’intervenir pour les dettes souveraines d’Etat. Cela lui réduit de facto aussi son indépendance tout en conservant le pouvoir sur les banques nationales. Mais elle peut du même coup aider à trouver des solutions pour que les Etats n’empruntent plus sur les marchés, pour anormalement financer leurs charges de fonctionnement ou rembourser leurs emprunts, mais plutôt sur des mécanismes sains. La BCE a évité en 2008 une crise sans doute plus grave qu’en 1929. Faut-il éviter de le dire comme quand la police déjoue nombre d’attentats sans que la population ne le sache ? Nous avons traversé tant de séismes sans rompre qu’il n’est pas concevable de le faire maintenant.

Le juste retour attendu par chaque Etat au regard de ses engagements et de ses attentes, sera en évidence plus facile à voir dans des investissements communs de croissance que sur des investissements structurels, Il pourra être mesuré en fonction du poids des réserves, voire indexé à la valeur des pondérations de voix des prises de décision du Conseil. Les grands pays reviendront peut être sur le peu de poids attribué aux petits pays. L’exemple de l’OTAN, et de ses mécanismes financiers, qui n’est pas que militaire mais également industrielle, pourrait encore une fois être opportune en terme de retour d’expérience l’intégration européenne.

Les obligations peuvent également sauvegarder la politique des fonds structurels. Partie intégrante de la politique intérieure et extérieure de l’Union, ils permettent de créer le ciment commun par le haut. Ils semblent bien fonctionner mais ont néanmoins précipité l’emprunt par la participation demandée des Etats. Nous avons réussi la reconstruction après guerre, il faut désormais réussir dans cette construction sans n’oublier personne (200 G€ sur 7 ans)
Il faut également de concert augmenter le budget de l’Union qui avoisine les 2/3 de celui de la France.

Les européens doivent encore mieux apprendre à travailler ensemble et arrêter de se diviser. Tant que l’Europe fonctionnera par amalgame de blocs, cela ne marchera pas. Elle doit créer une identité et une prise de conscience collective. Nous n’en sommes plus à l’Europe de la crainte des canons. Souvenons nous que nous étions en avance sur le calendrier du traité de Rome certes grâce à l’envie des marchés à se découvrir.

Certains diront que le Fonds Monétaire International (FMI) se permet d’apprécier la santé de l’Europe quand il peut facilement annuler une dette africaine. N’oublions pas que le FMI est intervenu pour le Mexique en 1995 et qu’il a su nous aider à compenser la crise asiatique de 1997 puis russe de 1998. Annuler tout ou partie de la dette pourrait sans doute maintenir cette interdépendance énoncée entre les grands blocs et permettre aux entreprises et aux ménages d’aller de l’avant. Mais peut-être y a-t-il une certaine incohérence avec le poids actuel de l’euro. Cela démontre bien que ce n’est pas l’euro le problème et encore moins la santé des banques qui savent bien jouer les victimes mais qu’il faut aussi ménager sans forcément couvrir leurs dettes de jeu (lire « la fausse inquiétude des banques »).

Le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) est un genre de FMI européen. Ce fonds mutualisé est bien pour l’instant une garantie non dépensée qui permet de cautionner en cas de problème et sans passer par l’émission de bons échangeables sur les marchés, comme quand les entreprises ou les particuliers cherchent caution pour obtenir un découvert ou emprunter. Il n’était pas forcément compliqué à établir sachant que le capital de la BCE est détenu par les banques nationales de la zone euro (près de 2 milliards pour la France, l’Allemagne et l’Italie) et en moindre partie de la zone non euro et donc que ce système existe déjà.

Mais sommes nous certains que les coffres sont pleins avec la valeur annoncée ? Pourquoi ne pas vraiment matérialiser cette garantie avec une recette qui a déjà fonctionné sur la base d’un sous-jacent solide et non contagieux ni contaminable ?

Une garantie « or » solide et sécurisante

La meilleure façon de se rassurer est d’emprunter en fonction d’une capacité financière commune et bien réelle mais pas comme le banquier qui prend votre bien en garantie sans trop regarder les ratios de réalisme de votre projet étant donné qu’il peut se rembourser sans risque. Les émissions d’obligation doivent se faire avec honnêteté sur des projets identifiés, mesurables, raisonnables, réalistes, réalisables et déterminés dans le temps.

Une des meilleures façons de connaitre cette réelle capacité financière est de pouvoir la controler régulièrement comme peut l’être l’or. Il ne s’agit pas d’une nouvelle convertibilité de la monnaie. En terme de clin d’œil, ne parle-t-on pas de … règle d’or ? Nous avons l’outil, les structures et gouvernance, qu’attendons-nous ? Les pays, surtout les plus riches, ont peur de partager, les pays les plus décalés ont de grands efforts de processus à réaliser. Nous devons prendre des décisions politiques permettant une nouvelle maturité. Cela me fait penser aux pièces de rechange aéronautiques où l’italien ne veut pas réutiliser une pièce allemande.

La théorie des cycles n’empêche pas de rebondir, bien au contraire en sachant analyser le passé. Elle ne doit pas faire oublier que le mécanisme des marchés issu des hommes et de l’activité peut être contrôlable. La crise de 1929 s’était subitement arrêtée et la confiance retrouvée quand il fut décidé de ne conserver que les banques saines. Plus tard, la séparation des banques par nature aux Etats Unis puis en France avec le Général de Gaulle cloisonna les risques. Mais dans les années 80, les banques prirent l’initiative de fusionner à nouveau leurs activités de prêt et de spéculation avec les dégâts que l’on sait. Aujourd’hui tout le monde s’accorde sur cette nécessaire nouvelle séparation. Pourquoi ne pas non plus revenir à une sécurisation sur l’or mais cette fois en dehors de la monnaie ?

Les prêts accordés aux particuliers américains étaient une avancée politique où tout le monde pouvait emprunter mais hélas sans regard de viabilité suffisants alors que les ratios existent. Les banques savaient que la moitié des propriétaires ne pourraient payer et ont transformé et revendu leurs créances par titrisation en mélangeant leurs titres avec d’autres, comme mettre une pomme pourrie dans un panier. L’apparition des options et des marchés organisés n’arrangea rien, surtout quand les banques misaient sur la défaillance de leurs clients, connaissant leurs risques, avec des gains illimités comme il fut fait également sur la Grèce. Ce mécanisme de contagion ne peut exister avec une valeur franche, tangibles, irrémédiable et refuge comme l’or.

Comme l’avançait Schumpeter et sa théorie de destruction créatrice, le capitalisme sera-t-il destiné à disparaitre du fait de son succès, comme la glaciation apparaitra à cause du réchauffement par l’arrêt du tapis roulant ? Certes l’image de l’or n’est pas de nos jours synonyme de croissance. Mais pourquoi ne pas reprendre la synthèse néo-classique incluant une démarche keynésienne régulée et justifiée pour redonner confiance ?

la pomme d'or de contamine pas ni n'est contaminée par la pomme pourrie

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