Berlin Security Conference (BSC) 2025
Nous étions présents à la Berlin Security Conference (BSC) 2025, avec la participation de Sofia ZOUARHI en tant qu’étudiante en droit européen.
Cette conférence, qui réunissait politiques, militaires et industriels, a clairement montré les tensions qui traversent aujourd'hui la réflexion stratégique européenne. Les discussions ont constamment fait écho à mes études, soulignant l'écart persistant entre les ambitions politiques de l'UE et les réalités sur le terrain.
Dès l'ouverture, la députée européenne Marie-Agnès Strack-Zimmermann et Florian Hahn ont donné le ton. Ils ont placé la discussion sur le terrain éthique, rappelant que la technologie seule, y compris l'IA, ne suffirait pas à répondre aux défis de sécurité. Leur message insistait sur le besoin crucial de ressources humaines et d'un état d'esprit de résilience sociétale. Cette mise en garde s'est appuyée sur une comparaison frappante : face à une doctrine militaire russe qui, selon eux, accepte des pertes humaines massives, l'Occident doit défendre un modèle où l'humain et l'innovation responsable vont de pair.
Cette perspective éthique a toutefois été confrontée à l'urgence opérationnelle. Le discours du Général Ingo Gerhartz a incarné ce dilemme par son pragmatisme. Il a plaidé pour utiliser sans attendre les technologies déjà disponibles sur le marché, plutôt que de tout développer en interne. Cette position soulève une question clé pour l'Europe : comment concilier rapidité et autonomie stratégique à long terme ?
La menace russe a été au centre des débats les plus vifs. Ainsi, trois points ont particulièrement marqué les échanges. D'abord, l'ancien Premier ministre ukrainien Arseniy Yatsenyuk a été très clair : soutenir l'Ukraine est une nécessité stratégique absolue pour la sécurité européenne. Il a affirmé que la défaite de la Russie était indispensable pour restaurer un ordre international fondé sur le droit. Ensuite, le ministre kosovar de la Défense, Ejup Maqedonci, a pointé l'influence déstabilisatrice de la Russie dans les Balkans via la Serbie, visant à entraver l'élargissement de l'UE. Enfin, l'analyste Gudrun Persson a décrit une Russie ayant choisi un chemin radicalement opposé à l'Occident, rendant l'unité européenne essentielle.
Un problème concret a aussi été soulevé : des fonds européens alloués à la Serbie pourraient indirectement financer des achats d'armes russes, révélant une contradiction dans l'action de l'UE.
La visite des stands a donné une dimension concrète aux discussions. Au-delà des grands groupes tels que Airbus, Thales, KPMG ou bien Deloitte, des innovations comme Spatial GPT (SE3 Labs) montraient comment combiner drones et IA pour créer un outil de renseignement puissant. Les startups et les échanges avec des militaires illustraient une innovation dynamique et un dialogue nécessaire entre le secteur et les opérationnels. Cette effervescence contrastait avec le rappel constant, en séance, de la primauté du facteur humain.
C'est ici que le concept de « défense totale », présenté par des experts suédois et finlandais, prend tout son sens. Cette approche élargit la sécurité au-delà du militaire, pour inclure la résilience des infrastructures, la préparation des autorités civiles et de toute la société. Il s'agit d'une réponse structurelle aux menaces hybrides, en phase avec le plaidoyer pour une résilience sociétale. Cela implique une profonde évolution de la gouvernance et invite à une réflexion juridique sur les responsabilités partagées en cas de crise.
En conclusion, la BSC 2025 a révélé une Europe de la sécurité tiraillée entre des exigences contradictoires : urgence contre souveraineté, technologie contre primauté de l'humain, réponse immédiate à l'Est et gestion des vulnérabilités au Sud-Est. Je retiens que le droit de l'UE est un outil central mais sous-utilisé pour articuler ces dimensions. La conférence a exposé les défis plus qu'elle n'a apporté de réponses définitives, confirmant que la construction d'une sécurité européenne efficace et fidèle à ses valeurs reste un chantier immense et pressant.
Zouarhi Sofia
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