Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Archives

Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

2e rencontres parlementaires sur les infrastructures
2e rencontres parlementaires sur les infrastructures
2e rencontres parlementaires sur les infrastructures

Dans le cadre de nos travaux décloisonnés sur l'énergie, le numérique et la sécurité, L'IRCE était invité et présent lors des 2e rencontres parlementaires sur les infrastructures. Nous vous proposons un compte rendu ci-après

COMPTE RENDU GÉNÉRAL

2ème Rencontres sur les Infrastructures de Demain

POUR

IRCE

PAR

Stéphane Mortier

DATE

Mardi 6 octobre 2026

LIEU

Maison de la Chimie, Paris

 

Les deuxièmes Rencontres sur les Infrastructures de Demain se sont tenues le 6 octobre 2026 à la Maison de la Chimie, à Paris, sous la présidence d’Éric Bothorel et de Raphaël Schellenberger, et sous l’organisation de M&M Conseil. Quatre tables rondes ont réuni parlementaires, régulateurs, opérateurs, financeurs et experts autour d’un même constat : la transition écologique et la souveraineté stratégique imposent de transformer en profondeur les infrastructures nationales, et cette transformation constitue désormais un impératif à la fois industriel et territorial.

Réseaux d’énergie : investir massivement et protéger

La première table ronde a placé la modernisation des réseaux électriques et gaziers au cœur de la décarbonation. Les intervenants ont souligné l’atout que représente le réseau européen, maillé et interconnecté depuis plus d’un siècle, qui apporte sécurité d’approvisionnement, résilience et recettes, de l’ordre d’un milliard d’euros par an pour RTE, et ils ont mis en garde contre les replis nationaux qui l’affaibliraient. Le besoin d’investissement est considérable : environ 200 milliards d’euros sur quinze ans en France, répartis à parts égales entre transport et distribution, et 1 200 milliards d’euros d’ici 2040 à l’échelle européenne, avec un réseau appelé à se décentraliser. Il revient à la régulation, et notamment à la CRE, de garantir le bon emploi des tarifs payés par les usagers. Deux points de vigilance ont été relevés : la cybersécurité, dont la coordination entre gestionnaires et régulateurs reste insuffisante malgré la directive NIS 2, et l’avenir du réseau gazier, menacé par un effet de ciseau entre la baisse du nombre de consommateurs et la hausse des coûts d’entretien.

Infrastructures numériques : de la couverture à la capacité et à la souveraineté

La deuxième table ronde a rappelé que la France est en tête des pays européens pour le très haut débit, avec 90 % de couverture en fibre, grâce au plan lancé en 2013 et aux Réseaux d’Initiative Publique, qui couvrent 60 % du territoire. L’enjeu porte désormais sur les derniers kilomètres, soit environ 5 % des locaux, sur la pérennité économique de ces réseaux et sur la fermeture du cuivre prévue fin 2030. Pour le mobile, plus de 99 % de la population est couverte, mais la capacité demeure insuffisante en zones périurbaines et rurales, ce qui a relancé le débat sur une consolidation du marché. Les échanges ont aussi porté sur la souveraineté des équipements et sur le retard de deux ans pris par la France dans la transposition de trois directives européennes relatives à la résilience et à la cybersécurité, dont DORA, qui a valu un renvoi devant la Cour de justice et une exposition financière estimée entre 9 et 13 millions d’euros. Le pays dispose d’atouts pour accueillir les centres de données, avec une électricité nucléaire décarbonée, des friches industrielles et des hubs méditerranéens de câbles sous-marins, tandis que l’intelligence artificielle obligera à repenser l’ingénierie des réseaux et pose la question de la sobriété numérique.

De l’idée au chantier : gagner du temps en préparant mieux

La troisième table ronde a montré que le temps est un facteur de coût : chaque année de retard peut réduire de 5 à 20 % la valeur économique d’un projet, alors que le financement est plus cher qu’à l’époque des taux négatifs et que les besoins liés à la décarbonation, à l’adaptation au climat et à la souveraineté sont immenses, auxquels s’ajoute une dette grise de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Les intervenants se sont accordés sur un paradoxe : pour aller plus vite, il faut consacrer plus de temps à la préparation, en évaluant dès l’origine la pertinence et les alternatives, en sécurisant les financements et en traitant sans attendre les sujets complexes, comme les diagnostics environnementaux qui, découverts tard, font rouvrir des projets entiers. Ils ont plaidé pour un préfet coordinateur capable d’engager l’ensemble des services de l’État, pour des responsabilités clarifiées, pour des jalons juridiques sans retour en arrière et pour un passage d’une obligation de moyens à une obligation de résultat. La Banque européenne d’investissement, dont la France est le premier bénéficiaire avec environ 13 milliards d’euros l’an dernier, et les instruments comme InvestEU ont été présentés comme des leviers de maturation, tandis que l’ANCT a rappelé la nécessité d’aider les collectivités à s’orienter dans une offre d’ingénierie foisonnante. Sur les projets longs, enfin, il faut entretenir l’acceptabilité en célébrant les étapes, en actualisant les conditions de départ et en ancrant les décisions dans des documents de planification qui résistent aux alternances.

Mobilités : des infrastructures pour 2050

La quatrième table ronde a traité des conditions d’une neutralité carbone en 2050 dans les transports. L’électrification des poids lourds, des ports et des aéroports progresse, mais les infrastructures routières et portuaires n’ont pas été conçues à proximité du réseau électrique, ce qui fait du raccordement un défi majeur, que les pratiques de planification des énergies renouvelables pourraient aider à relever. Pour l’aérien, les aéroports restent essentiels à la connectivité des territoires mal desservis par le rail et peuvent devenir des plateformes pour les carburants durables et l’hydrogène, même si le rythme est jugé trop lent par certains acteurs. Dans le ferroviaire et le routier, le maintien de l’existant est moins valorisé que les projets nouveaux, ce qui alimente la dette grise : les besoins de régénération, cités en séance, atteindraient environ 4,2 milliards d’euros par an contre environ 3 milliards aujourd’hui. Les participants ont recommandé de développer les Services Express Régionaux Métropolitains, de recourir à des contrats assortis d’autorisations d’engagement, sur le modèle des concessions autoroutières, pour verrouiller les financements, et de définir une loi de programmation des infrastructures qui bâtisse un consensus politique de long terme.

Enseignements d’ensemble

Les échanges de la journée confirment l’urgence d’une approche transversale. Quel que soit le secteur, trois idées reviennent : l’horizon de 2050 et la neutralité carbone, la souveraineté énergétique et numérique comme priorité, et la simplification comme levier d’accélération. La réussite du chantier des infrastructures reposera sur la capacité des pouvoirs publics, des régulateurs et des acteurs industriels privés à aligner une planification stratégique stable, une simplification réglementaire qui préserve la concertation et des financements pérennes, y compris pour l’entretien de l’existant.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article