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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

Voici un courrier adressé à la présidente METSOLA, du Parlement européen suite à son intervention à la Sorbonne - voir également ci-après

Paris, le 10 novembre 2023

 

Mme Roberta METSOLA

Présidente du Parlement européen

Par email

 

            Madame la Présidente

            Je me permets de reprendre contact avec vous suite à votre intervention à la Sorbonne en octobre, et en Français que vous utilisez facilement.

Comme vous le savez, l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E), organisme associatif indépendant, apolitique et généraliste, inscrit au registre de transparence des Institutions, est un laboratoire d’idées (Think Tank) et un organisme opérationnel (Do Tank) œuvrant à la fois sur les politiques publiques et sur les écosystèmes publics et privés à travers de nombreux sujets de gouvernance et de thématiques particulières par des publications, des études, des formations, des événements, des idées et des projets généralement reconnus innovants. Nous sommes en contact avec le monde parlementaire, ministériel, comme institutionnel national et européen et avec toutes les ambassades européennes en France ainsi qu’avec de nombreux écosystèmes dont industriel, juridique et financier.

Notre force est d’instruire à charge et à décharge ainsi que de décloisonner les sujets pour y détecter les mêmes objectifs et recherches de solution dans une recherche d’efficacité, de gain de temps et d’argent avec des outils et méthodes éprouvées.

Votre rôle de Présidente du Parlement européen est important car il permet de maintenir le dialogue, si possible constructif dans un objectif démocratique qui s’est largement développé dans cette assemblée européenne, et de faciliter les approches transverses au sein des groupes et commissions parlementaires sur de nombreux sujets, mais aussi les groupes de travail tripartites avec le Conseil et la Commission. J’espère aussi que la ou le nouveau président du Parlement européen sera issu des urnes et non d’accords avec les autres institutions comme par le passé, même s’il faut parfois respecter certains équilibres.

Comme je le rappelle au début de chaque événement que nous organisons, l’Europe est finalement le sujet dont les citoyens et les pays parlent le plus, sauf qu’ils n’ont pas toujours les mêmes lunettes. L’Europe ne signifie pas forcément marcher tous à l’unissons dans tous les domaines entre pays ou groupes de pays, et pourquoi pas dans une certaine forme de dépendance dans l’interdépendance avec solidarité, où la confiance n’exclut pas le contrôle ni l’adaptation et où tout est possible.

J’ai suivi avec intérêt votre intervention - en français - à la Sorbonne où certains de nos membres étaient présents mais où je n’ai pu vous saluer, participant à une autre cérémonie avec un grand partenaire européen. Vous appelez à une possible réponse, ce que ferai volontiers point par point au fil de votre discours, parfois en synthèse, en toute bienveillance en tentant de limiter mes propos que j’aurais plaisir de développer lors d’un prochain entretien à Strasbourg ou à Bruxelles où nous avons l’occasion de nous rencontrer.

Vous avez raison, Churchill était européen, comme d’ailleurs de Gaulle et bien d’autres aussi à leur façon. Au lendemain de la seconde - et si possible non deuxième - guerre mondiale, s’il avait un monde à reconstruire, vous avez aujourd’hui un monde à consolider et à développer avec de nouvelles réalités et de nouvelles options si possible mesurables, accessibles, réalistes, réalisables et déterminées dans le temps.

Puisque vous parlez d’un Britannique, qui nous rappelle le Brexit qui n’était pas qu’une affaire de politique intérieure, la croisée des chemins impose peut-être aussi de se reposer d’abord les bonnes questions et de revoir les quatre éléments liés de politique générale de toute forme d’organisation que sont la stratégie, l’identité, la structure et la prise de décision, pour parfois nous remettre en question et garantir à la fois fonctionnement et développement permettant d’éviter toute rechute. Car le péril, que vous énoncez, n’est pas que militaire. Il est aussi de gouvernance qui peut ensuite entrainer la guerre, comme les Etats-Unis l’ont connu autrefois entre des Etats pourtant déjà unis dans une certaine forme de diversité.

Vous êtes venue parler géopolitique, comme l’avait promis aussi la Présidente de la Commission européenne. L’importance de l’Europe pour la France a déjà été reconnue lors de l’allocution du Président Macron quand il constatait, devant le Parlement européen, où j’étais présent, que c’était grâce à la dimension européenne qu’il avait réussi à faire passer la RGPD en France, dispositif qui fait désormais référence dans le monde notamment au Japon. Vous auriez pu rajouter l’importance de la France pour l’Europe, mais si et seulement si elle sait donner la parole à tous les pays avec leurs identités et leurs idées d’où qu’elles viennent, comme nous avions réussi à le faire dans le domaine industriel à l’OTAN il y a longtemps, pour valoriser son dynamisme, ses savoirs, savoir faire mais aussi savoir être au profit de l’intérêt général, même si trop souvent considérée comme arrogante.

Prendre les sujets liés de l’écologie et du numérique est une bonne occasion de conjuguer nos intelligences collectives pour tenter de freiner un cycle bien perturbant à la fois pour la planète et ses habitants dans leur vie quotidienne mais encore une fois avec réalisme pour maintenir l’envie plutôt qu’imposer avec des effets pires que l’inaction. Dans ce domaine aussi, vous avez raison, nous devons nous affranchir de dépendances pour garantir sécurité, autonomie et prospérité. Mais les objectifs doivent être sans doute menés avec un socle commun puis des compléments adaptés pour chaque pays et leurs réalités. Le sujet de l’écologie peut rassembler sur de grands thèmes et créer des dynamiques industrielles sur de grands projets passant par l’espace mais doit le faire à la fois avec raison et imagination dans une intelligence collective également à revoir.

Vous abordez le combat à mener contre les pensées extrêmes. Je vous répondrai qu’il convient sans doute de le faire en les écoutant car s’ils utilisent certaines failles pour montrer certaines inefficacités ou certains échecs, peut-être pouvons nous aussi considérer qu’ils les révèlent, surtout celles que nous ne voulons pas voir, et qu’il convient pourtant de traiter avec courage avec des mesures correctrices comme pour des situations comme par exemple l’agriculture entre pour les pays limitrophes de l’Ukraine, ou pour l’immigration.

 

Bien entendu l’Europe n’est pas infaillible car elle a déjà perdu un de ses membres et ne parvient pas forcément à faire entendre sa voix car sans défense propre même si existante, mais non assez dépendante dans l’interdépendance, sauf au sein de l’OTAN, considérée comme structure étasunienne.

Vous désirez nous écouter sur ce que les Français attendent de l’Europe. Il ne s’agit pas forcément de le faire uniquement qu’avec les populations convaincues ou les jeunes qui sont mobiles et profitent des facilités, qui se forment et se rencontrent grâce à Erasmus, grand succès de moule melting-pot européen, avec ses déclinaisons dans de nombreux domaines, qui doivent encore se développer. Pour faire reculer les extrêmes, Il s’agit surtout de parler de l’Europe à celles et ceux qui ne bougent pas, qui ne sont pas venus vous écouter à la Sorbonne, comme dans la majorité des campagnes, comme c’est le cas dans mon village natal, qui profitent pourtant du marché intérieur de façon indirecte sans en prendre vraiment conscience mais qui sont aussi sujets aux discours dits populistes. Quand je pose la question de quelle Europe voulez-vous, on me répond parfois « le souhait d’une Europe pour tout le monde pareil » mais bien entendu française, ce à quoi j’explique ensuite tous les efforts engagés pour niveler par le haut nombre d’autres pays avec des montants élevés distribués et qui méritent peut-être aussi un certain retour de solidarité.

Vous parlez de valeur ajoutée de notre projet collectif. Il doit être économique avec une vraie dynamique d’intelligence comme j’y reviendrai plus après. Il convient notamment de savoir créer des actions de pilotage de cohérence entre pays dont les économies se ressemblent pour prendre les solutions adaptées mais aussi éviter les risques de pollutions variées, comme avec les cloisons étanches d’un bateau, ou les murs de Fukushima certes correctement édifiées. Quant au projet politique, les aspects de politique économique doivent désormais laisser une plus grande place à la politique diplomatique, sans être non plus politicienne car improductive.

Vous revenez ensuite sur les sujets géopolitiques dont les situations font échos négatifs sur certaines valeurs du Conseil de l’Europe, reprises par l’UE, comme l’espace de paix et de liberté. L’instruction à charge et à décharge nous impose de ne pas regarder les sujets de façon inconditionnelle. Autant il est difficile de voir les images des tueries du Hamas en Israël, autant il est étonnant de laisser faire la vengeance chez les Palestiniens, n’osant pas nous rappeler les anciennes horreurs de représailles dans les camps du Sud Liban, que l’histoire ne peut excuser, notamment sur un territoire souverain, alors que l’épisode actuel peut se placer sur une question intérieure avec une réalité délicate.

Sur l’autre grand sujet, il était difficile d’entendre qu’il n’était pas possible d’étudier des solutions de paix entre l’Ukraine et la Russie avant 2022 en nous interdisant de visiter les zones sensibles, sous peine d’être ensuite considérés comme non grata dans le pays, comme l’ont vécu certains parlementaires nationaux, alors que cette démarche était plutôt bienveillante pour arrêter les morts au quotidien. Mais n’oublions pas que l’assassin de Jaurès n’a même pas été condamné. Bien entendu la guerre en Ukraine a pris désormais une autre tournure avec ses sauvageries comme dans toute vraie guerre, avec des bombardements d’hôpitaux comme c’est toujours le cas, à deux heures de vol de nos capitales mais il ne faudra pas non plus oublier le film et ne pas voir que certaines images.

Oui, vous avez raison, Israël importe à l’Europe mais, comme pour les pays impétrants, peut-être pas à n’importe quelle condition ni n’importe quel prix. Il est souvent difficile de dissocier le peuple pacifiste des dirigeants belliqueux ou des groupuscules terroristes ne représentant dont aucune autorité reconnue. Bien entendu, les otages doivent être libérés mais que peut faire l’Europe à part de sempiternelles sanctions qui peuvent encore plus aggraver la situation, sauf plutôt à apporter une aide difficilement filtrable. Autant nous avons laissé faire Israël sur l’occupation des territoires, mais était-ce peut-être considérer une affaire intérieure, autant il convient de leur demander d’avoir une réponse mesurée et la demande de pause humanitaire que vous avez formulée est justifiée.

Vous soutenez une coexistences avec deux Etats et cela est sans doute la bonne mesure mais quelle garantie Israël aura-t-elle de ne pas voir un Etat cette fois devenir fort et belliqueux jusqu’à sa disparition prenant les risque d’intervenir cette fois en territoire souverain avec le jeu d’alliance en cascade ? Historiquement les Palestiniens n’en ont pas voulu mais l’histoire a su évoluer et su pleurer ses chefs courageux souvent ensuite assassinés. Qui voit les arabes musulmans qui oeuvrent pour Israël plutôt que voir une nième image de guerre de plus ? Nous savons aussi que parfois les minorités les plus virulentes dirigent des groupes ou des Etats, comme quand une minorité perturbe l’ordre et bien trop mis en avant par les médias.

Vous avez raison, le regard doit continuer à se tourner vers l’Est et la Russie comme certains pays ont tenté de nous en détourner de façon sous-jacente. Si l’Europe de l’UE a su trouver le chemin de la paix après la seconde guerre mondiale, facilité en son temps par la mise à plat des pays belligérants sous des tapis de bombes, son voisinage ne l’est pas encore. La France le sait bien mais Clémenceau jugeait aussi qu’il n’avait pas été assez dur envers les Allemands, comme de nombreuses personnalités françaises et européennes le pensent toujours encore. Nous avons été toujours plus que bienveillants et non blâmant avec ce pays et leurs représentants, mais finalement sans grande reconnaissance. Mais cette Allemagne qui va rester un des pays les plus forts économiquement bientôt devant le Japon, reste hélas dans la liste des pays dits frugaux et doit pouvoir aussi s’ouvrir et participer aux efforts par solidarité.

Je pense que vous vous trompez par contre sur le gaz russe. L’Allemagne n’a jamais cru aux facteurs de stabilité même si, comme avec la Turquie, il faut savoir travailler sur les relations industrielles et économiques quand le vend diplomatique ou militaire souffle. Le gaz russe était une vraie solution énergétique indépendante de considérations politiques, misant au contraire sur le fait que le lien pouvait durer même avec une petite guerre limitée en Crimée et certains territoires ukrainiens jusqu’en 2022 que tout le monde négligeait en Europe, n’entendant pas les plaintes des ambassadeurs sur le non respect des frontières mais je ne reviendrai pas sur ma remarque plus avant. L’attaque russe, avec ses causes diverses, dont nous ne retenons que les effets et résultats plus que condamnables, a réduit à néant tous les investissements, à la grande satisfaction par ailleurs de nos partenaires et alliés étasuniens qui avaient pourtant laissé faire la construction du grand tuyau, comme la France a laissé faire le pompage technologique européen du F-35 étasunien, avec ses effets en terme de dérive de coûts de coopération, qu’elle voit peut-être moins désormais que le Rafale se vend également.

Vous posez la question de savoir si nos démocraties sont suffisamment fortes pour répondre à des menaces totales. Vous êtes au premier rang pour savoir que Rome, qui rayonnait grâce à de nombreuses valeurs, ne s’est pas faite en un jour et a vécu des cycles pour néanmoins s’effondrer, comme la France l’a vécue également à travers son histoire, dont en Europe et dans le monde. Les avis divergeront pour Napoléon quant à son attitude mais son œuvre sociale et sa logique de structuration resteront gravées en Europe. On pense souvent que les démocraties ne doivent ni ne peuvent plus se faire la guerre mais il faut aussi veiller à ce qu’elles restent fortes pour dissuader tout agresseur externe d’agir à leur égard, comme si devenues faibles et comme si l’Europe était désormais une proie facile à acquérir voire partager. Il doit en être de même à l’intérieur face aux contre leaders, même s’ils ne cherchent pas forcément le pouvoir et peuvent néanmoins pousser, encore une fois, à poser certaines questions.

L’effort de solidarité doit en effet durer en Ukraine mais de façon gérée et contrôlée, même avec une guerre indirecte, pour accroitre au contraire sa performance, notamment dans nos pays dans une vraie relation état industrie pour éviter toute dérive de profits, comme ont su le faire les Etats-Unis lors des efforts de guerre des années 40. Vous semblez supposer que nous abandonnerions l’Ukraine sans indépendance. N’est-il pas responsable de se poser toutes les voies possibles de résolution de conflit notamment sur les conditions d’un cessez le feu, à certains moments et de ne pas jurer d’un amour inconditionnel. L’affaire de Chypre, plus proche de l’Italie, nous rappelle que l’animosité entre deux alliés de l’OTAN, dont un a signé un accord de défense séparé avec la France, tous deux dans l’UE (…), reste bien là. Maintenons également à l’esprit les actions maritimes régulières restant heureusement pour l’instant dans la limite de l’étincelle restant au niveau de celles connues pour les anciens conflits de pêche entre la France, l’Espagne, le Portugal où le Royaume-Uni.

Vous rappelez cette autre phrase de Churchill sur les accords de Munich. Vous devez sans doute aussi vous rappeler que le signataire français de l’époque était aussi revenu sous les acclamations alors qu’il savait bien ce qu’il pouvait, voire allait, désormais arriver. Nos amis tchèques veulent une victoire inconditionnelle contre la Russie. Ils n’ont hélas pas de baguette magique et  nous rappellent depuis 1991 que la France n’était pas intervenue dans les années 50, où d’ailleurs Etats-Unis ne l’ont pas fait non plus, comme pourtant en 1948 à berlin. La France comme l’Italie a connu des périodes où ses territoires ont été découpés par les guerres puis rétablis par d’autres quand une majorité voulait la paix. Si les Français connaissent finalement peu l’esprit des Alsaciens, ballotés bon gré mal gré depuis toujours entre la France, dont la Bourgogne, et l’Allemagne, il en est certainement de même pour votre pays à travers son histoire.

Vous abordez ensuite l’Afrique et une certaine forme d’arrogance qui ne serait donc pas que française. Peut-être devrions nous aussi penser à une certaine dépendance dans l’interdépendance, comme en Europe. Mais vous avez raison, l’histoire africaine n’est pas que Française et il serait de bon ton de laisser certains pays agir dans leur ancienne zone d’influence au profit de la Communauté. Nous avons lancé un cycle Europe Afrique où nous interrogeons aussi les Africains de ce qu’ils peuvent nous apporter, et s’ils peuvent hiérarchiser leurs besoins, ce qui a tendance à les surprendre. Mais cela leur permet aussi de sortir de leur situation de sempiternelles victimes. Peut-être devrions-nous composer avec les Chinois qui savent apporter de l’argent et récupérer des appels d’offre tout en montrant bien qu’ils agissent comme auparavant les empires coloniaux avant étant donné, par exemple qu’ils verdissent l’Afrique mais pour leur consommation ou qu’ils construisent des routes avec leurs personnel. Nous devons aussi y veiller quand ils achètent des terres ou des entreprises en Europe.

 

Et comme vous le soulignez, il en va de même avec l’Amérique latine, mais avec d’autres réalités et plus d’efficacité reconnue pour chaque euro investi qu’en Afrique. Nous devons être attentif au dossier MERCOSUR pour rassurer et le justifier. Il en va de même pour le lien transatlantique même si « historique » comme vous le soulignez. Reste à savoir s’il s’agit d’une relation toujours gagnant gagnant pour les deux parties avec des éléments parfois ineffaçables ou d’une relation finalement dépendante.

Penser à l’échelle continentale, pour parler d’égal à égal aux grands continents, en reprenant vos mots, est surtout l’occasion de comprendre qui nous sommes, avec quelles forces réparties et partageables, par segmentation, dépendance dans l’interdépendance, avec quels domaines à combler ou à sécuriser en terme d’échanges et de partenariats externes, que ce soit par coopération, collaboration ou alliances. Nos atouts devraient déjà nous permettre de raisonner entre nous plus intelligemment, comme les Chinois ont su l’analyser, comme ont su le faire les Japonais ou étasuniens dans les années 90 pour y faire leur marché.

Vous abordez ensuite les aspects intérieurs en liant à la fois les problèmes de sécurité énergétiques, environnementales, économiques, l’emploi et les questions migratoires. Votre pays est posté de façon stratégique avec de multiples expériences et nous ne doutons pas des solutions que vous pouvez apporter. Vous revenez sur les mots de souveraineté et d’indépendance mais peut-être faudrait-il trouver d’autres mots moins sensibles, pour mieux accorder les objectifs en se comprenant mieux, comment quand un français et un allemand essaient de parler de fédéralisme, avec chacun leur vision opposée de cette méthode de gouvernance.

Vous abordez aussi la nécessaire réduction de la domination des grandes entreprises du numérique et vous avez raison. Devenues finalement apatrides, elles ne doivent pas être capables de tout contrôler et d’éteindre seules la lumière ou les réseaux si elles le souhaitent par toute puissance. Et après avoir fabriqué des voitures ou désormais aller dans l’espace, pourquoi ne pas demain fabriquer de l’armement ? Vous avez raison, ce pouvoir doit être contrôlé comme les institutions y veillent, avec certaines réalités, mais elles doivent aussi pousser à ce que les efforts technologiques comme ceux liés à l’Intelligence artificielle et le calcul quantique soient mis à profit pour atteindre les objectifs du Pacte Vert et les engagements de neutralité carbone d’ici à 2050 sans oublier personne au bord du chemin, visant notamment à des objectifs de croissance. Nous allons au-delà en proposant aussi un Pacte bleu concernant l’approche globale de la mer qui participe autant à l’économie qu’à la régulation climatique, comme à la géopolitique. Ce Pacte nécessiterait une approche aussi forte avec un Vice président en charge à la Commission européenne et réunirait aussi les nations non concernées par les côtes, qu’il faut par ailleurs protéger en transition notamment avec votre prochain point. 

Vous revenez ensuite sur la question migratoire qui préoccupe également – voire essentiellement pour certains - les Européens. Comme vous le rappelez, tous les états-membres devraient contribuer solidairement face aux défis migratoires et comme vous auriez pu le rappeler, l’Italie a tiré la sonnette d’alarme pour ne pas être laissée seule à devoir gérer une situation d’urgence, qui peut trouver ses solutions dans une gestion optimisée. Les forces populistes savent souvent attirer l’attention sur certaines tragédies. Plutôt qu’ignorer et rejeter leurs discours, pouvant renforcer certaines attitudes, mieux vaut savoir les écouter et les comprendre, comme vous semblez le faire dans l’hémicycle,  pour analyser les failles et construire des actions réalistes, intégrant les aspects humanitaires pour les personnes en danger. En reprenant une partie d’un courrier adressé récemment au Vice Président SCHINAS, répondant à une de ses dernières interventions devant le parlement européen, nous préconisons la création d’un d'un Service intérieur de l'UE, en miroir au service extérieur, reportant à la Commission européenne en lien avec le Conseil, le Coreper et les commissions concernées du Parlement européen. Avec un type de structure identique, ce Service intérieur de l’UE pourrait englober dans sa gouvernance Frontex, Europol et être en lien avec EU-LISA, ENISA les services douaniers, en coordination avec d’autres Direction Générales allant au-delà de la DG HOME, telles que TAXUD, MOVE, NEAR, bien entendu le SEAE pour les actions de diplomatie. Il pourrait également intégrer une compétence de formation en s’appuyant sur les mandats actuels en matière de formation de l’Agence CEPOL, de Frontex et d’Europol, et pourrait viser la valorisation des compétences complémentaires police gendarmerie.

Vous évoquez enfin la guerre de l’information, ou plutôt de la désinformation qui affecte nos démocraties et nos sociétés libérales depuis les années 2000, décuplée par les nouveaux outils technologiques. Vous désignez sans doute avec justesse la Russie et l’Iran en relation avec les deux conflits aux portes de l’Europe mais sans doute ne vouliez vous pas citer d’autres pays révélés ou potentiels et peut-être auriez pu rappeler les dispositions de l’UE, voire des parlements nationaux à leur égard. Mais encore une fois, profitons de ces actions pour garder une veille salvatrice face aux agressions actuelles et surtout potentielles que nous n’aurons pas détectées ni vues avancer. Paix et liberté sont deux valeurs européennes même si nous n’en avons pas le monopole. Nous avons vécu la chute d’un mur de Berlin, que vous évoquez, mais nous en construisons hélas d’autres. Nous avons auparavant vécu des années de crainte d’apocalypse. D’autres générations avaient vécu d’autres victoires mais nous devons en effet rester vigilants et prendre conscience de la valeur cette liberté d’expression et de circulation comme si nous ne l’avions plus. Certains pays du centre Europe s’en souviennent.

Vous énoncez que nous devons sérieusement repenser et réformer l’Europe en abordant la question de l’élargissement dans sa globalité. Nous devons profiter du retour d’expérience passé pour mieux définir les aides, leurs conditionnements, leur pilotage, leur contrôle et sanctions, limiter le saupoudrage, voire imposer un retour géographique pour les entreprises en fonction des pourcentages des pays cotisants comme cela est le cas dans d’autres domaines avec des compétences existantes et non à développer. Mais nous devons surtout mieux considérer avec courage les aspects de minorités et régler les problématiques encore courantes dans les pays intégrés, voire même fondateurs.

Les craintes n’étaient pas forcément les mêmes en 2004 car, même entrés dans l’urgence en négligeant certains critères, les pays rentrant avaient une culture industrielle et pour la plupart une base historique proche de l’état de droit. Mais ces pays aussi ont été déçus par des rêves promis irréalisables en dehors de posséder une baguette magique. Mais sans soute devrait-on faire déjà un bilan des sommes injectées dans ce pays dans le cadre de la politique de voisinage pour rassurer la démarche d’intégration au-delà d’une simple volonté d’accueil dans un espace de paix. Il faudra aussi bien analyser ce que ces pays impétrants apportent au socle existant en dehors de préserver un espace de paix et de sécurité car se rapprochant sinon de conquête de territoire que la Russie connait bien, comme nous également auparavant. Les avancées de la Moldavie son remarquables. Nous devons porter attention au dossier de l’agriculture, qui été la première politique commune de l’UE et qui va être impactée fortement avec la possible entrée de l’Ukraine avec ses forces mais en solidarité avec les Etats membres déjà présents. Quant aux Balkans, si les avancées économiques sont là, le dossier sécuritaire est également bien à l’ordre du jour.

Vous militez donc pour une Europe élargie. En terme d’organisation, il est tout à fait possible de vivre une augmentation de membres considérant que les Etats-Unis fonctionnement à 51 états avec quelques réalités différentes. Nous savons qu’au-delà de 9 membres un ensemble connait naturellement des sous-groupes ce qui ne l’empêche pas de fonctionner avec des formes de laboratoires que sont par exemple le Bénélux ou Visegrad, élargi lui aussi. Reste à faire évoluer et trouver les bons socles de politique générale notamment sur la prise de décision.

La question des réformes institutionnelles ne doit donc pas concerner que ces critères d’adhésion mais aussi le fonctionnement actuel des institutions. La réforme de gouvernance doit progresser en donnant enfin au Parlement le droit d’initiative, réservé aujourd’hui à la Commission. Comme  mais avec la création d’un sénat des régions plus fort que consultatif, car la dynamique régionale est souvent plus forte et facile que nationale bloquée souvent par les aspects de souveraineté.

Vous rappelez enfin que vous être la plus jeune et troisième femme Présidente du Parlement européen et le fait de le mentionner doit valoriser une sensibilité particulière appréciable et appréciée au-delà d’un simple quota féministe et d’une simple responsabilité.

 

Pour terminer, je vous livre mon paragraphe du diamant européen que je dévoile à chaque fois pour mes vœux. Comme le diamant issu des profondeurs de la terre, l'Europe ne se fera pas en un jour et son origine est ancrée au plus profond de notre histoire. Comme le diamant, l'Europe ne sera, pas non plus, façonnée ensuite en un jour et il convient d'y apporter une attention bienveillante à chaque instant. Comme le diamant, qui brille de mille facettes, qui en font ensemble sa rareté et son effet précieux, l'Europe est éclatante, attrayante, enviée et riche, par sa diversité et l'interdépendance de ses territoires, de ses peuples et de ses compétences. Elle peut avoir plusieurs apparences et briller différemment en fonction de son environnement. Comme le diamant, elle pourra avoir quelques imperfections, qui feront son caractère, mais qui pourront aussi être gommées pour la rendre plus belle. Comme le diamant qui ne se brise pas, l'Europe sait être la plus forte. Et comme le diamant, l'Europe est éternelle

Nous serons bien entendu honorés de vous rencontrer prochainement pour exposer et développer ces points, voire organiser un événement, sans doute au Sénat ou restaurant des sénateurs, sur un thème qui pourrait concerner tout ou partie de ces sujets.

Je vous prie de croire, Madame la Présidente, en mon profond respect.

 

François CHARLES

Président

fcharles@irce-oing.eu

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