Et pourquoi pas un porte-avions européen ? (English version below)
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Au moment où Emmanuel Macron annonce, depuis l’étranger, le lancement effectif du nouveau porte avions français de classe étasunienne, on peut finalement se demander si cette similitude reflète la sempiternelle projection psychologique française envers les Etats-Unis ou si elle serait digne de l’envergure européenne, comme nous essayons aussi de le faire sur l’espace avec les lanceurs mais également les satellites, les infrastructures et les services. Encore faut-il poser le(s) objectif(s), les réalités et les options pour concrétiser ce projet, avec des regards et solutions pourquoi pas innovantes en terme opérationnel, industriel et financier, sauf s’il ne s’agit finalement que d’une pierre dans la mare de l’Europe politico-militaro-industrielle de la défense ?
Par François CHARLES
Economiste, expert défense, armement, relations européennes et internationales, ancien responsable politique industrielle européenne à la DGA, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe
S’agissant du besoin opérationnel, il s’avérait évident que la France ne pouvait suivre le constat négatif de son éternel rival sur les mers. Mais on peut se poser de la question de la taille, les avions n’étant pas plus gros, sauf bien entendu à en emporter davantage même si le nombre d’aéronefs n’augmente pas, voire à tendance à baisser, sauf si bien entendu nous pouvons en emporter d’autres dont européens ou étasuniens, dont les pilotes ont toujours l’impression de se poser sur une boite d’allumettes par rapports à leurs quasi aéroports de la mer. Sauf enfin à embarquer d’autres types d’appareils et de matériels, et augmenter le nombre de marins. Quant à leur vulnérabilité, l’escadre, qui est de plus en plus européenne, peut prendre en charge la protection contre les drones navals et notons que ce genre de navire a perduré même avec les kamikazes japonais, les drones aériens ayant d’ailleurs souvent besoin de bases plus proches sauf issus de navires !
D’un point de vue industriel, le programme est lancé sans avoir laissé entendre un possible programme partagé. Et d’ailleurs pour quoi faire considérant que la France possède toutes les compétences et que tout le monde sait bien qu’un programme en coopération coute toujours plus cher dans l’armement, sauf peut être s’il est fait en collaboration ou en alliance pour l’extérieur, voire en supranational ? S’agissant du management de programme et les délais, misons sur l’intelligence humaine et artificielle, voire la refonte de la DGA, pour rester dans ceux de nos bâtiments actuels, voire des jalons réduits même avec des dimensions plus grandes, au besoin épaulée par le management fort de l’OCCAR qui fait ses preuves, et qui peut être sollicité pour un programme mono-constructeur.
Et le lien arrive naturellement vers le financement qui serait de 10 milliards glissants sans MCO, si l’on compare avec les bâtiments étasuniens et bien malin qui pourrait dire le prix final. Mais les choix de défense sont des choix politiques et non forcément économiques surtout pour un tel projet stratégique et diplomatique. La France pourra-t-elle le supporter ? Et pourquoi pas un financement commun et solidaire des Etats-membres, ou partenaires et de l’UE, en pleine imagination de nouveaux dispositifs, même pour un seul constructeur et même par des pays qui n’ont plus accès à la mer. Il n’est pas trop tard. Le retour géographique auquel veille la Commission européenne, déjà sensibilisée, également attentive à certaines innovations, pourrait être résolu non pas forcément sur ce programme mais sur d’autres affaires militaires ou industrielles, voire annexes sur la base d’une assiette globale, comme sait le faire l’OTAN et l’UE sur les contributions générales.
Reste sans doute à convaincre que le modèle Airbus n’est pas toujours la solution, et la France d’œuvrer en faveur de l’UE avec un pavillon français et européen et la même problématique opérationnelle du partage des créneaux horaires de satellites dans une boussole partagée, à l’heure de la création d’une gouvernance européenne de l’organisation en s’inspirant notamment du fonctionnement de l’ESA dans le domaine spatial en relation avec les agences européennes et les partenaires extérieurs. Ceci fera peut-être aussi avancer la dissuasion partagée que sait le faire l’actuel animateur étasunien qui cherche plus ou moins à se désengager.
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