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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

The concepts of "smart" arms competition, marketing, and partnerships (English version on attached file below)

Les dispositifs européens consacrés à l’armement foisonnent et se suivent désormais entre notamment EDIP, EDIRPA et autre SAFE, afin d’aider à un renouveau de l’industrie de défense et si possible son organisation en intégrant tout ou partie de ses membres et partenaires européens ou de voisinage. Mais d’autres solutions existent sans être forcés par l’argent tels les concepts de concurrence, de marketing et de partenariats notamment en interne Europe ou à l’export. Ils apparaissent souvent salvateurs, même en intra européen, et permettent de maintenir des productions et des structures différentes sans forcément toutes les regrouper dans cette Union unie dans la diversité, surtout dans un secteur très sensible lié à la souveraineté, se conformant à certains principes structurants européens et dérogeant aux règles du commerce international. Mais ils doivent avant tout être « intelligents » pour éviter les jeux qui laissent toujours des traces destructrices dans chaque partie.

Par François CHARLES

Economiste, expert stratégie, management et géopolitique, ancien responsable affaires industrielles DGA,  Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.).

Au lendemain de la décision d’achat par la Pologne de petits sous marins conventionnels suédois A26 fabriqués par SAAB, il était opportun de ressortir un concept que j’avais pu élaborer au fil de plusieurs années avec une ancienne ambassadrice de Suède à Paris alors que nous poussions au réchauffement franco-suédois, bien blâmé dans les ministères, et apparemment aussi de l’autre  côté, la Suède n’y étant peut être pas prête non plus comme le dira ensuite son successeur, sachant aussi remplacer certains supporters par d’autres par opportunité, voire pression.

Alors que l’avion européen Gripen pouvait être récompensé d’une vente en Amérique du Sud, j’avais suggéré le même soutien en retour pour le Rafale envers d’autres clients, Dassault Aviation sachant bien éviter certains marchés chronophages sans illusions, contrairement à certains fonctionnaires de tutelle voulant faire feu de tout bois sans vraiment maitriser le sujet.

L’idée était de pouvoir proposer ensemble une offre composée de matériels différents, sachant bien a priori au départ pour quel matériel le client pourrait se prononcer, puis éventuellement ajuster l’offre avec des composantes mutuelles. A charge de revanche sur d’autres marchés, empêchant ce client de faire baisser les prix. L’idée de concurrence intelligente était en route. Bien entendu le concept pouvait aussi être monté avec l’Eurofighter. Ignorée par les industriels français entre eux, la pratique existait déjà par ailleurs au bureau logistique de l’armée de l’air française, comme pouvait l’être aussi par le service de maintenance aéronautique avec ses concurrents industriels, au détail prêt qu’ils ne travaillaient pas sur les mêmes matériels.

Espérons que NavalGroup, en compétition il est vrai avec des entreprises et Etats allemand, espagnol, italien et sud-coréen depuis plusieurs années, fera le deuil complet d’un marché qui de doute façon ne lui était pas destiné, réalisant bien que ce sous-marin suédois, exposé en bonne place au Warsaw Security Forum, était plus adapté aux mers baltiques, aux relations et aux affrontements de bon voisinage opérés depuis longtemps avec la marine russe selon un amiral suédois. Misant sur un certain dialogue et oubliant cette compétition, Stockholm pourrait désormais soutenir Paris pour des chasseurs de mines, tels ceux achetés par les Belges et les Néerlandais, avec d’ailleurs un intérêt suédois, voire un modèle CaMo de véhicule à roue comme celui réalisé par KNDS et John Coquerill Défense, misant sur les solutions « RSE » dans cet autre grand pays demandeur de retour industriel. Paris devrait aussi regarder l’efficacité nordique, peut être déçue ou désireuse de se réinstaller sur ses anciens territoires, essayer de se rapprocher de l’Allemagne et de la Pologne, voire de faciliter le rapprochement des deux, ce qui est l’objectif politique de Weimar, instrument de politique « intelligent » initié par un chancelier allemand.

On se souviendra aussi de l’achat d’avions de  guet étasuniens E-2C sur porte avions, renouvelés il y a peu, laissant de côté les projets franco-suédois pourtant réalistes et réalisables.

Certes une solution serait aussi de réduire la fragmentation et imaginer une forme de concentration industrielle, ce qui faciliterait aussi une certaine normalisation en achetant le même matériel, comme on le voit aussi pour le F-35, faisant ainsi également baisser les prix unitaires. Encore faudra-t-il vérifier que le besoin opérationnel et capacitaire est sauvegardé et que tout le monde s’accorde sur certaines réalités notamment en terme d’analyse de la valeur, de coût, prix, délais, performance.

 Réduire la fragmentation peut aussi passer par la segmentation, la dépendance dans l’interdépendance, par des partenariats solidaires de  coopération, mais aussi de collaboration et d’alliances au cas par cas comme par exemple sur la maintenance. Travailler ensemble peut aussi signifier s’acheter réciproquement des matériels sans forcément les fabriquer en commun et notamment à travers les nouveaux dispositifs d’achat de l’UE, sans oublier les facilités d’achats via l’agence NSPA que découvrent de nouveaux membres nordiques et où la France devrait être davantage animatrice au-delà des discours enflammés de certains politiques français réclamant une certaine indépendance de vue et d’action.

L’export extra européen connait des désaccords qui peuvent bloquer tout projet de coopération. Comme pour les projets facultatifs spatiaux entre Etats Membres de l’ESA, Agence Spatiale  Européenne, il convient donc de ne rapprocher que les industriels des nations qui sont en accord en amont sur les règles export, souvent en harmonie avec les principes européens, mais également de considérer les autres points de vue et valeur sans les blâmer. Un export et une concurrence interne intelligente, présentant de concert plusieurs offres en simultané à de mêmes clients, pourraient optimiser les ventes et même les connaissances sur les produits respectifs. Les compensations industrielles, transformées en coopérations en Europe, existent encore à travers le monde et peuvent être utilisées comme vecteurs de développement sur la base de partenariats créées entre PME et avec portage des groupes inter-secteurs, comme nous l’avions imaginé en France. Une base de données export, sorte de bourse européenne, pourrait être mise en place au sein de la nouvelle direction générale, voire dans l’Agence de défense ou une nouvelle agence duale.  L’armement dérogeant aux règles du commerce international par les contreparties demandées, personne ne pourra attaquer une forme d’entente illicite.

Mais là aussi les diplomaties commerciales nationales doivent savoir écouter et agir avec intelligence pour faire valoir ses intérêts plutôt qu’imposer telle encore une fois qu’une projection psychologique étasunienne. Reste à savoir aussi si la dimension européenne sait  déterminer une intelligence de maturité, notamment avec les partenaires non européens, ou si chaque ressortissant national défend ses propres intérêts, que ce soit dans la défense, mais aussi les hautes technologies clés et stratégiques, créatrices de valeur ajoutée.

la maquette du sous marin suédois au Warsaw Security Forum

la maquette du sous marin suédois au Warsaw Security Forum

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