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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

(English version on attached file bellow)

Après avoir relu plusieurs fois le discours du Président Macron sur le concept de dissuasion nucléaire avancée, après avoir lu les commentaires des spécialistes qui pourtant devaient se reporter aux textes, après avoir vu les réactions attentives des Européens entre crainte, tentative d’assurance et incompréhension, il était important d’effectuer une nécessaire analyse à charge et à décharge dans la suite des publications sur la France, l’Europe et l’OTAN, montrant bien la continuité de la projection psychologique française au regard de son allié étasunien, utilisant les mêmes méthodes pour un même objectif, mais sans les mêmes moyens, la dissuasion pouvant se limiter à quelques bombes indétectables et surpuissantes, mais également la capacité d’inventer un concept soit disant nouveau mais se déclinant en fait parfaitement aux systèmes existants.

Par François CHARLES

Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales et de l’OTAN à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

Le discours du Président était partisan, voire électoral pour on ne sait qui,  ménageant d’une part une droite revendicative des acquis nationaux et d’autre part un dialogue européen de non enfermement, voire de partenariat. Il rappelle que les intérêts vitaux  doivent être préservés sans être définis, ce qui n’aide pas forcément les partenaires, que la France est en accord avec la notion de stratégie de dissuasion nucléaire de l’OTAN, certes assurée quant à elle par les moyens étasuniens et disposés dans certains pays mais protégeant tous les autres. Par contre il ne s’engage aucunement sur une garantie de protection stricte, comme l’avancent certains, vis-à-vis de certains pays, tout en leur proposant une certaine forme de relation ambigüe à sens unique voire sélective sur des domaines non nucléaires.

Si les pays européens se disent intéressés, il semble apparaitre la même situation que lors de nos discussions de travail sur l’initiative européenne d’intervention où personne n’avait compris le soit disant élément nouveau en Europe dans les différents Etats-majors, sauf peut être une certaine duplication adaptée, plutôt qu’une vraie et nouvelle dynamique de solidarité, plutôt dans ce cas restrictive et faussée.

A l’heure où il conviendrait plutôt d’officialiser la structure otanienne de défense à gouvernance cette fois européenne, avec des partenariats forts en dehors de l’UE, pour enfin donner une puissance et une diplomatie à l’Europe, E. Macron propose, quelque chose qui semble plutôt finalement profiter à la France qu’aux autres pays, par la dimension européenne de l’Alliance.

En d’autres termes, comme avec les Etats-Unis, il s’agit en fait d’un partenariat, préservant certes l’investissement initial français mais demandant aux Européens un effort de compréhension et de partage de fardeau non purement nucléaire, comme il est déjà mentionné dans le fonctionnement du Groupe de Plans Nucléaires (PNG) de l’OTAN, avec également visite d’installations, participation aux exercices. Le concept français est en fait calqué sur celui de politique et des forces de dissuasion nucléaire de l’OTAN, avec une décision de protection plus restrictive qu’au sein de l’Alliance, pouvant même apporter une possible discrimination pour les pays qui ne pourraient pas y participer avec en plus du risque de non intervention générale des Etats-Unis. Rappelons tout de même que la stratégie de l’OTAN n’est pas « à la carte », que tous les pays font partie du PNG et sont donc a priori protégés, même ceux qui ne contribuent pas mais qui sont fortement engagés à le faire.

Reprenant certains passage du Président, il est également important de rappeler que si le nucléaire tactique et ses composantes terrestres, autrefois mobiles Pluton et Hadès, par rapport aux composantes enterrées, a été abandonné par François Mitterrand, c’est après d’une part l’avoir fait évolué avec la menace de l’employer sur le champ de bataille face à une attaque classique massive et non en riposte à une action nucléaire, et d’autre part avoir réagi à l’arrêt de la guerre froide, en respectant le désarmement, rassurant notamment les Allemands qui étaient en première ligne de ces frappes potentielles. Il est par contre toujours utile, sans forcement le dire, d’analyser tous les scénarii du pire et notamment ce possible emploi depuis les airs.

La valorisation des efforts historiques financiers de la France dans ce domaine est légitime, même si rien ne prouve qu’elle a été utile, sauf à avoir développé une certaine autonomie et identité notamment technologique qui a pu servir dans le domaine civil. Mais comme la dissuasion, employée désormais en dehors du nucléaire, on ne le saura peut être jamais, et heureusement, d’autant que la France s’est voulue avoir toujours de bonnes relations avec la Russie et même la Chine, comme on ne saura jamais si les Etats-Unis lanceront une bombe pour protéger l’Europe ou endiguer une guerre si leur territoire n’est pas menacé, même s’ils l’ont fait il y a longtemps.

Le Président, chef des armées, ne souhaite apparemment pas demander à contribuer à l’effort financier sur l’aspect purement nucléaire pour ne pas avoir à partager et surtout ne pas céder la place au conseil de sécurité, comme le demandait, voire toujours, l’Allemagne sous prétexte de démocratie, mais propose une contribution sur des aspects annexes, notamment d’alerte, de défense conventionnelle et autres, comme également au sein de l’Alliance.

Cela reprend en fait une ancienne méthode de négociation que nous avions employée au sein de l’OTAN dans les années 90 en rassemblant une équipe d’Europe à compétences globales face aux Etats-Unis et le Royaume–Uni pour le projet d’épine dorsale des radars, en dehors de simplement défendre la technologie française, forçant ces derniers à négocier. Mais il s’agit aussi d’en profiter pour demander aux autres Etats de contribuer à des efforts technologiques pour mieux finalement protéger la France, voire leur propre pays sachant que le Président français, protégé par sa constitution, pourra ou non intervenir s’il le souhaite, et qu’il sera toujours temps de demander à l’OTAN, ancienne ou nouvelle formule, de le faire, ou de s’y substituer.

Cela peut aussi laisser envisager à terme une bombe française sous un Gripen ou un Eurofigther sauf si le but est d’imposer le Rafale comme les Etats-Unis imposent le F-16 puis le F-35, sans vouloir partager le ciel, suite à la fermeture soudaine de certaines discussions. Les aspects de lucidité viseraient aussi à permettre aux avions français de bénéficier des bases européennes, d’empêcher certains pays de développer, de façon autorisée, leur propre capacité, pour être surs d’être protégés et pourquoi pas accéder au Conseil, mais aussi de participer au développement du bouclier de protection à l’Est où la France a été exclue.

Cela ferme donc sine die aussi la porte à un droit de regard des Etats-membres voire de l’Union. Mais le Président français, peut être prochain président du Conseil européen connu de tous, a-t-il autre chose derrière la tête pour faire avancer son opinion publique une nouvelle fois grâce à la dimension européenne, comme il l’a déjà dit au Parlement européen pour d’autres sujets, et du même coup faire avancer l’Europe en s’appropriant certaines nouvelles idées ?

 

La projection psychologique et le partenariat sélectif à sens unique nucléaire français - Psychological projection and the selective one-way partnership in French nuclear matters
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