La Chine au secours de la France et de l’Europe : la planification (5)
Dans la suite des articles sur le regard vers la Chine et ses effets sur la France et l’Europe, il s’agit ici de s’attacher à la planification qui fait partie de la politique générale des organisations, tout comme la stratégie dont elle se distingue. Si les réalités sont bien différentes entre les trois entités politiques considérées, il reste très intéressant et comparable de regarder les choix pris et les effets procurés, certes parfois avec certaines erreurs, au moment où le plan français semble renaître, distinguant stratégie et planification, qui reste à affiner sauf à traiter tous les sujets de gouvernance avec ou sans objectifs. Quant à l’UE, seule la stratégie du Conseil européen semble apparaitre sur de grandes lignes pour application par la Commission, plus habituée à définir qu’à planifier sur des objectifs souvent peu réalistes ni réalisables.
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, expert politique générale des organisations, ancien responsable affaires industrielles internationales dont Asie et risk manager à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.), auteur de « politiques européennes »
Depuis 1953, et après le premier plan Monnet imaginé avant la seconde guerre mondiale, la Chine planifie son développement à travers des cycles qui offrent une prévisibilité souvent remarquée en Occident, même au sein d’une agilité légendaire. Le XVe plan quinquennal chinois de développement économique et social a commencé en 2026 après un 14e plan qui a accru le PIB avec un chiffre de 18 G$ en 2024 notamment également consacré au développement vers le Sud global, en équilibre avec le Nord, afin notamment de changer le modèle traditionnel de mondialisation. Après certaines erreurs, dont celles du grand bond en avant, on peut remarquer que l’économie chinoise a toujours progressé d’environ 8% agriculture et industrie confondus au moins jusqu’en 2015, avec un taux de 4,5% actuellement.
Rappelons que la planification stratégique et opérationnelle met en oeuvre les décisions de stratégie, composante de la politique générale, à travers un plan d’actions et de décisions sous un format à long terme de 5 ans. Elle définit le cadre dans lequel les acteurs et le marché peuvent évoluer à travers certains indicateurs et aléas extérieurs, voire des mauvaises décisions. Une revue régulière de risques est importante pour regarder si les feux sont au rouge, orange ou vert avec parfois de possibles et nécessaires décisions de recadrages.
Le 15e plan vise à obtenir des résultats dans le développement de haute qualité, améliorer le niveau d’autonomie scientifique et technologique, approfondir la réforme de gouvernance, améliorer le niveau de civilisation sociale, améliorer la qualité de vie, progresser vers l’écologie, renforcer la sécurité nationale, sans citer d’objectifs quantitatifs officiels. Il s’agit de poursuivre sa renaissance nationale et sa modernisation industrielle, en passant par l’innovation, la recherche, la transition verte, l’économie numérique dont artificielle, les équipements haut de gamme, l’aerospatiale, les technologies marines, un futur neutre en carbone mais aussi par l’internationalisation du Yuan pour en faire une monnaie de règlement, d’investissement et de réserve avec une expansion des marchés offshore. Le pays accélérera la construction de cluster d’infrastructures de recherche de classe mondiale. Les visites d’atelier d’universités de technologies sont sans commune mesurée avec ce que l’on peut voir en Europe.
L’initiative « la Ceinture et la Route », par ses axes de partenariats, participe à ce développement, non uniquement vu sous un angle économique mais également institutionnel et civilisationnel. Vivatech 2026 montrait notamment l’utilisation de la technologie française dans un robot chien, soutenue par une ville chinoise.
Dans le domaine de la sécurité, la Chine affirme ses participations dans les missions de maintien de la paix et aux opérations de lutte contre la piraterie au-delà de réarmer pour se protéger d’un éventuel nouvel agresseur, et d’afficher la volonté irrémédiable de rattacher Taïwan, sans oublier que défense et sécurité économique vont généralement de pair, ce qu’il manque sans doute à l’Europe, sauf à enfin officialiser le nouveau cœur européen de l’OTAN comme défense de l’UE, avec et au profit de ses partenaires.
La Chine définit aussi son plan pour l’avenir du développement mondial en passant par l’Union Européenne dont les entreprises semblent se servir de boussole, au même titre qu’il est bon de regarder comment la Chine fait son marché en Europe afin de mieux nous connaitre nous-mêmes. Le but affiché de la Chine est de chercher des coopérations dans les domaines affichés stratégiques tels l’informatique quantique, la biotechnologie, l’hydrogène, la fusion, l’IA, la 6G, sachant qu’elle est elle-même déjà très en avance. Elle cherche à créer un déclic pour les chercheurs habitués pour l’instant à se tourner vers les Etats-Unis pour bénéficier de moyens et de terrain propice.
Même si les échanges commerciaux restent déséquilibrés, la Chine se veut être une partenaire fiable, stable et ouvert pour la France et l’Europe, peinant à comprendre parfois certaines décisions de l’UE en matière sociale ou de droits de douane, même si elle trouve souvent certaines adaptations. On peut se rappeler auparavant la crainte des Européens et des Français envers le Japon qui produit désormais les meilleures ventes de voiture made in France.
A noter par ailleurs la récente stratégie de croissance japonaise et ses 17 axes critiques à combler par des partenariats dont la France et l’UE devraient peut-être aussi s’inspirer.
Où en sont la France, l’UE et ses Etats membres ? La France a entretenu ses plans jusqu’en 1992, qui se sont ensuite inscrits dans la stratégie européenne des régions, qui a de fait gommé le plan français alors qu’il pouvait être valorisable. Les pays entrants du centre Europe n’ont pas été incités à conserver certaines méthodes qui manquent cruellement à l’UE, voulant oublier l’histoire passée, misant sur les seules valeurs, et jetant pourtant certains éléments positifs avec l’eau du bain. Les anciennes notions de segmentation et d’interdépendance, certes contraire au capitalisme de marché, pourraient être appliquées entre Etats membres pour être plus forts ensemble dans le commerce extérieur de l’UE. La valeur ajoutée de l’UE pourrait ici apporter ses fruits dans une politique semi libérale qui n’empêche pas de réaliser des planifications. La Chine reconnait elle-même que la planification fixe un cadre dans lequel le marché opère.
La France vient de réinventer son plan, auquel s’ajoute la stratégie dans le titre mais qui œuvre sans réelles priorités faisant feu de toute opportunité. Tous les cinq ans, les dirigeants de l'UE se mettent d'accord sur les priorités politiques à venir de l'UE, comme actuellement entre 2024 et 2029, mises en œuvre par les institutions de l'UE et les États membres, et sont reflétés dans le cadre financier pluriannuel et le budget à long terme de l'UE. Trois lignes générales détaillées sans grande précision orientent vers une Europe libre et démocratique, une Europe forte et sûre, une Europe prospère et compétitive. On peut aussi s’interroger sur les discours de politique générale ou sur l’état de l’Union avec parfois certaines initiatives.
En matière de méthode, la France et l’UE sont des organisations qui doivent utiliser les mêmes méthodes que celles employées par les entreprises comme par exemple dans les fabrications industrielles qui ne peuvent utiliser de baguette magique. L’UE devrait consacrer ses efforts de partenariats avec une coordination de ses Etats-membres sur leurs éléments communs et leurs spécificités, notamment sur la recherche et l’innovation qui dispose déjà d’un cadre de 5 ans avec également désormais d’autres outils de souplesse au fil de l’eau même si hélas peu coordonnés.
S’agissant de ses relations avec la Chine, l’UE constate le déficit de balance commerciale et a raison de réagir par intelligence, notamment par fermeté sur le respect de certaines normes dont sociales, si tant est qu’elle les applique aussi à tous les autres grands accords commerciaux. Pour autant, elle devrait aussi planifier ses positions et actions pour composer avec chaque grand partenaire plutôt qu’agir souvent en réaction avec désagréments, notamment envers certains industriels ou certaines régions qui semblent quant à eux plutôt y trouver leur compte au niveau commercial ou financier.
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