Quels risques de la poussée de l’AFD pour l’unité européenne ?
Des élections clés viennent de se mener en ex Allemagne de l’Est, avec des résultats remarquables pour le parti réactionnaire AFD (Alternativ für Deutschland), créé en 2013 et rentré au Bundestag en 2017, un revers pour les partis traditionnels, comme en France, avec surtout un désastre la CDU, selon les mots de son Président et actuel Chancelier. Mais était-ce attendu et est ce finalement un risque d’embrasement extrémiste pour l’Allemagne et l’Europe où les partis plutôt nationalistes sont déjà bien installés, avec des risques limités s’il s’agit simplement de rentrer dans le paysage ou à prévoir pour la construction européenne avec certaines valeurs qui devraient peut-être finalement être revues ou renforcées ?
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.), ancien cadre de partis, animateur de marketing politique et auteur de « Politiques européennes »
Ce soir, à 23h, la fête s’est arrêtée à Magdebourg, capitale du Land de Saxe-Anhalt, ville majeure archi épiscopale et protestante stratégique sur les rives de l'Elbe, choisie par le premier empereur germanique Otton 1er, restée longtemps une des principales villes de l’empire romain germanique. Elle l’a été sans grande démonstration, sans grand rassemblement, comme si la police d’état et ses règles étaient encore présentes dans les esprits, comme pour les plus de 50 ans en Pologne. Avec un record de participation, les résultats du scrutin en Saxe-Anhalt viennent presque de donner une majorité absolue à l’AFD (Alternative pour l’Allemagne) qui a explosé ses scores, reléguant loin derrière les partis traditionnels de la CDU puis du SPD, die Linke (la gauche dure) et des verts.
La Saxe-Anhalt, dénommée parfois la Saxe Prussienne, se situe généralement dans la seconde moitié du classement des 16 länders allemands. Cet ancien État de la RDA se distingue par un grand territoire mais une faible densité de population et une économie en rattrapage sans avoir pu retrouver son ancien rôle juridique et politique. On pourrait en conclure que l’impact sera peu important au niveau fédéral considérant le land peu peuplé, et donc tout va très bien madame la Marquise, sauf que si l’on regarde les élections passées où l’AFD y était moins représentée que dans les autres länder de l’Est, peut être par sa proximité avec l’ancienne zone Ouest, peut-être peut on s’attendre à un prochain raz de marée dans les toutes les autres régions par propagation à l’Est encore non reconstruite dans sa pyramide de Maslow, mais aussi à l’Ouest par réaction.
L’AFD, qui ne pourra pas encore gouverner seule, est en effet issue des milieux chrétiens-démocrates de la CDU opposés à la politique d'Angela Merkel, tout comme l’actuel chancelier Merz, fausse allemande de l’Est qui n’aurait finalement donc pas fait son travail, dont certains jeunes ne connaissaient qu’elle, se demandant si une succession était possible après 8 mandats CDU, 4 mandats de chancelière et de coalition. Le parti serait donc peut-être aussi susceptible de revenir dans le rang comme un enfant adapté rebelle. Pour autant elle s’inspire tout de même et bénéficie du ralliement des partis d'extrême-droite apparus avant la réunification de l'Allemagne en 1989-1990, est à l'origine un mouvement antieuropéen, anti système, anti euro et non solidaire, comme un enfant rebelle, identique à LFI en France et semble vouloir le pouvoir. Remarquons aussi que l’AFD est à droite du Rassemblement national au Parlement européen qui a pris ses distances pour devenir fréquentable. Mais notons aussi qu’en cas de renaissance du national socialisme, il ne s’agit donc pas forcément d’une idéologie uniquement de droite comme finalement le Rassemblement National qui rassemble sans passer par le centre
L’ambassadeur d’Allemagne actuellement en France, qui a été aussi auparavant et brièvement représentant d’Allemagne de l’Est, rappelait lors d’un événement passé, que les rêves et illusions de 1992-93avaient été cassés, comme d’ailleurs dans d'autres pays centraux qui voulaient tout et tout de suite comme à l'ouest. L’importance de la migration a été le grand reproche fait à A. Merkel même s’il fallait faire entrer la main d’œuvre. Viennent ensuite aussi, voire surtout encore, le sentiment de soumission des uns et la supériorité des autres, la consolidation de l'identité de la RDA, la suspicion de manques de compétences, et une certaine "ostalgie".
Si, comme pour le Brexit ou en France, les partis plus nationalistes ont misé sur les populations rurales et moins éduquées, on constate aussi une évolution dans les grandes villes sans toutefois trop bousculer le SPD qui restera aux commandes dans une coalition à Berlin, avec également un doublement de Die Linke, comme de l’AFD et une baisse identique de la CDU et du SDP.
Dans le Land de Mecklembourg Pomeranie, à cheval sur Nord-Est de l’Allemagne et le Nord de la Pologne assez hermétique à la migration, en lien avec Szezecin et Gdansk, moins rural et plutôt industrieux que Saxe-Anhalt, avec des habitants parlant en majorité polonais, l’AFD a presque triplé sont score comme à Magdebourg, la CDU n’est même plus au conseil régional, mais la baisse du SPD a été moins sensible.
En Allemagne comme en France, l’opinion publique s’insurge de ces changements anti-système sans vraiment comprendre concrètement pourquoi, en dehors de l’immigration, ni comment réellement contrer cette poussée, à part rabâcher qu’il faut s’y opposer, ce qui ne fait que les renforcer en réaction et en permanence,
Les risques peuvent être régionaux, nationaux mais surtout européens à la fois dans les votes internes au Parlement européen, déstabilisant les bataillons du PPE qui soutiennent la politique actuelle de la Présidente de la Commission, comme le sont les députés français, réduits à un nombre ridicule mais cherchant à être influents parmi leur groupe Européen, par rapport aux députés RN, membre du groupe des Patriotes, désormais moins agressifs qui n’ont quand à eux peu voix au chapitre, même en se rapprochant d’autres groupes plus modérés, surpris eux-mêmes de la dissolution en France suite aux élections européennes, entrainant une certaine instabilité, alors que tout le monde s’accommodait finalement de cette réalité depuis des années. A l’heure d’un retour des liens entre l’UE et la Hongrie, heureuse de retrouver certaines aides financières, mais qui ne semble par pour autant changer sa politique au-delà de l’ancienne affaire de personne avec son ancien Premier ministre, espérons que tout cela n’entraine pas de mauvaises idées mais surtout une prise de conscience avec mesures correctives de ce qui est bon ou non pour l’Europe.
Une des conséquences pourrait également être une remise en question dans la gouvernance européenne aux Conseils des Chefs d’Etat ou de gouvernements et des Ministres car l’Allemagne est le pays le plus grand contributeur net en pourcentage et en valeur, loin devant la France, entre ce qu’elle donne et ce qu’elle reçoit, par très grande solidarité comme peut être par indulgences. En situation financière saine, elle pourrait influencer le système européen, voire même décider de le quitter comme la fait le cousin britannique désormais au rang des pays associés. Elle commence d’ailleurs déjà à demander une réduction du budget général, allant en sens inverse de l’accélération imaginée lors du dernier discours sur l’état de l’Union. Misons sur une alerte passagère et un avenir raisonnable, réaliste et réalisable.
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