Et si la Chine était la clé de la paix en Ukraine ?
Les constats sont là. Ni les Européens, qui pourtant avaient réussi à signer les accords de Minsk, ni les Etats-uniens ni les Turcs, ni quiconque ne parvient à faire arrêter ce conflit en Ukraine, avec parfois une énergie et une volonté limitée sauf à la continuer avec ses multiples significations et ses objectifs discutables. Reste la position d’un acteur clé qu’est la Chine qui s’interroge elle-même sur la façon dont la guerre peut s’arrêter, défend les frontières de l’Ukraine tout en restant officiellement neutre et non belligérant sauf à commercer avec la Russie avec sanctions par l’UE, qui oublie d’ailleurs certains achats ukrainiens à la Chine en matière de drones FPV, et qui dispose de certains leviers vers V. Poutine avec sans doute certaines conditions et acceptations à admettre de la part des belligérants et alliés, sur cette possible importance et facilitation accordées.
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales à la DGA, ancien expert Asie à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.). Auteur de Politiques européennes
Les définitions ne manquent pas pour décrire de part et d’autre le changement de dimension de 2022 et désormais son enlisement. Les aides directes ou indirectes d’un côté et de l’autre alimentent la guerre de stabilité sans faire gagner de terrain mais avec des actions désormais de plus en plus violentes en dehors d’un front avec réellement une zone « no mans land » de 1600 km et gérée pas des machines où le Parlement européen doit certainement regretter ses anciennes prises de positions en la matière. Mais ces actions gagnent désormais du terrain de façon hybride dans certains pays européens, au-delà de simples sempiternelles reconnaissances ou tests de réactions et de coordination depuis de longues années persistant à la pseudo fin de guerre froide.
Sans revenir sur les précédents articles visant notamment à se demander, à quoi et à qui cela sert-il et sur quoi cela agit-il, listant les réalités économiques, militaires, financières, politiques qui maintiennent et surtout celles qui montrent les jeux permanents utilisés, avec notamment une UE qui n’est finalement pas en guerre contre la Russie, on peut aussi se demander comment, il est peut-être temps d’imaginer qu’au-delà de pousser la Chine à prendre plus clairement position, cette dernière pourrait contribuer à arrêter la guerre et contribuer à une paix durable par influence sur les acteurs ou plutôt les joueurs vu notamment les efforts engagés. Reste à savoir si elle voudra n’agir qu’en médiateur ou en influenceur en échange de quelles possibles conditions, gains, contreparties, avantages, éléments de négociation, voudrait-elle le demander au-delà de l’intérêt du monde et les relations multilatérales comme le proclament souvent les Chinois, mais surtout à la demande de qui, avec une possible nouvelle implication, cette fois dans la défense et la diplomatie en Europe ?
Ses leviers pour conditionner une partie de ces relations à des avancées vers un cessez-le-feu pourrait peser sur les calculs de Moscou sont de plusieurs ordres. Économique par ses achats d’énergie russe et ses échanges avec la Russie lui donnent un moyen de pression tout en imaginant un accord sur un prix d’achat de gaz et de pétrole raisonnable. Industriel par l’échange de composants électroniques, le renforcement des contrôles sur les biens à double usage, utilisables à des fins civiles ou militaires mais aussi sur la protection des infrastructures. Diplomatique par son dialogue permanent avec Moscou qui lui permet de transmettre des propositions et de soutenir des négociations, que l’UE semble déjà lui demander d’utiliser, tout en analysant les risques d’acceptation de la médiation chinoise, comme il en est sans doute de même pour V. Poutine qui est également en tension sur ses frontières est de Vladivostok. Enfin peut-être Stratégique et Militaire en terme de potentiel rapprochement opérationnel éventuel à l’Ouest comme déjà opéré en méditerranée, tout en évitant, au moins pour l’instant, un regain de tension avec son voisin japonais sur son flanc Est. Si la question de Taïwan ne sera de toute façon pas à l’ordre du jour étant donné qu’il n’y a d’ailleurs pas de sujet pour la Chine, l’exemple de Chypre et sa division territoriale durable, même si non satisfaisante, où la Grèce semble vouloir calmer le jeu avec la Turquie, pourra donner certaines idées.
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