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Publié par I.R.C.E. - Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe - Le Think et Do Tank des dynamiques européennes

English version bellow - voir aussi nos publications thématiques sur le pays 

La présidence du Conseil de l’UE par la République de Chypre, assez tournée vers la santé et la défense, aurait pu passer sous les radars en dehors de nos événements de bilan. Elle a finalement bénéficié de la crise avec l’Iran pour être redécouverte avec ses réalités mal maitrisées en dehors de certains initiés. L’opportunité de l’événement Battlefield Redefined sous le patronage de la Commission européenne, avec contacts gouvernementaux, institutionnels et industriels, donna aussi l’occasion d’une semaine d’étude historique, politique, artistique et sociétale qui rappela aussi certaines réalités internationales et européennes qui peut donner des éléments de réflexion dans la future politique d’intégration de certains pays, comme également imaginer certaines solutions pour l’île et son environnement.

Par François CHARLES

Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

Qui se souvient que ce territoire européen, proche des côtes du Moyen Orient, a connu de longues histoires française, ottomane entrecoupées d’un passage italien et britannique, d’ailleurs toujours présent sur deux bases ? Les Français furent apparemment la première nation à aider la protection de l’île lors de son indépendance et jouissent d’une certaine reconnaissance pour l’industrie de défense terrestre et navale.

La visite de la ligne verte, qui aurait aussi pu être d’une autre couleur, et qui garde les anciennes traces de combats, rappelle à la fois le mur de Berlin avant sa fermeture complète et Belfast, et qu’il existe encore des murs en Europe. On peut aussi y faire certains clins d’œil à la Géorgie et à l’Ukraine en partie occupées, voire annexées de façon  on reconnue, comme le furent maintes fois l’Alsace et la Moselle.

Contrairement aux accords sur l’indépendance de 1959, elle coupe le pays et la capitale en deux depuis la tentative de prise de contrôle grecque et la contre invasion turque de 1974, qui s’est sans doute arrêtée sur pression britannique toujours présente militairement dans le pays. La ligne marque concrètement une cassure désormais identitaire entre les zones d’influence des deux frères ennemis de très longue date, avec déplacements de population, ce qui n’avait pas été autant le cas lors de la guerre civile quand les Britanniques n’acceptèrent pas, avec répression à la clé, le référendum d’autodétermination de 1954 en faveur du rattachement à la Grèce, tout comme d’ailleurs les Turcs qui blâment également toujours l’attitude des institutions européennes quand au rattachement de Chypre à l’UE en 2004.

La république turque de Chypre du Nord n’est pas annexée et est reconnue uniquement par la Turquie qui y est omni présente, affichant même une communication de style Hollywoodienne, même éclairée la nuit sur la montagne au nord de la capitale. On peut y accéder avec un simple passeport tandis que les habitants de la partie nord ne peuvent se rendre au sud que quelques heures au sud. La partie sud n’est pas la Grèce même avec de très nombreux drapeaux surtout à Nicosie. L’UE a reconnu et finance toute l’île, comme elle finance d’ailleurs toujours aussi la Turquie dans sa politique de voisinage et d’intégration comme sur les accords d’immigration.

L’île ne fait pas partie de l’OTAN du fait du véto turc et de l’unique reconnaissance de la république du Nord par la Turquie. La partie sud n’a donc pas à se montrer solidaire d’une attaque sur le Nord ou la Turquie ni inversement. Les religions se mêlent plus au sud qu’au nord où mosquées et églises de toutes les tailles se côtoient, voire se toisent.

L’économie du sud est riche par les services, dont bancaires, avec son statut de quasi paradis fiscal pour certains groupes, et sera prochainement contributrice au sein de l’UE. Le réseau ferré n’existe pas. Si le réseau routier est assez bien développé dans le sud, permettant d’accéder aux principales villes il n’en n’est pas de même pour les moyens de transport au nord avec un certain manque de modernisation alors que les casinos inondent les villes côtières. Les monnaies sont l’euro et la livre turque. Le coût de la vie semble être beaucoup plus élevé au sud qu’au nord.

En dehors de la vieille ville de Nicosie assez rustique, ses parties sud et nord se sont construites sur un style occidental plutôt moderne. Les autres villes de l’ile ont des caractères différents mais développées. Le nord comme le sud sont dominés par le secteur tertiaire et le tourisme. L’agriculture est présente mais limitée à cause du climat.

Les musées et monuments rappellent les histoires du pays mais avec une forte rivalité, et une certaine revendication plus affirmée au nord. Les mots sont traditionnellement forts côté turc tel que martyrs, déjà pour les combats du 16e siècle, ou dans le musée de l’armée totalement en langue turque, qu’heureusement les smartphones traduisent désormais et avec un  Président Ataturk immortel.

L’immigration est similaire, avec apports grecs ou turcs plus de nombreux migrants exotiques, l’ile ne faisant pas non plus partie de l’espace Shengen. Le sentiment de sécurité semble similaire et les gardes au check-point sont généralement souriants et courtois, loin d’être à l’image de ceux des deux exemples déjà cités plus avant.

Si le Président chypriote a mentionné la menace turque lors de son discours d’ouverture de l’événement mentionné, il est a noter que ni les Grecques, ni les Turcs n’ont réagi à l’envoi de chasseurs de chaque coté de l’ile suite aux attaques de drones iraniens, une innovation depuis 52 ans. Ceci confirme la reconnaissance d’une protection commune sur les bases de l’indépendance, ainsi que les discussions qui semblent avoir repris de part et d’autre de la zone verte entre les deux parties, en plus des réunions et facilitations permanentes de l’ONU, notamment sous pression des populations plutôt grecques que turques, dans une approche d’écoute active qui semble à nouveau progresser pour mieux regarder l’environnement et solutionner les problèmes liés, voire mieux montrer que les deux parties peuvent néanmoins cohabiter.

On rappellera néanmoins les revendications turques sur certains ilots grecs proches de ses côtes, (cf diner I.R.C.E.) qui pourrait peut être aussi se rappeler que la France ne revendique pas les iles anglo-normandes de la perfide Albion que sont Jersey et Guernesey, les Britanniques se montrant d’ailleurs plus revendicatifs que les Français.

En envoyant frégates et porte-avions, la France et l’Italie, nations méditerranéennes, se sont senties solidaires, sans doute aussi par leur histoire passée, pour protéger l’île mais aussi les bases britanniques. Pourquoi ne pas y tester un dôme de protection commun ? Reste à connaitre la position turque bien silencieuse.

En terme de laboratoire sur d’autres zones sous tension, potentiellement à terme réconciliables, même si le Conseil européen s’était montré au départ inflexible sur les frontières de l’Ukraine, l’UE pourrait donc intégrer le pays en entier avec une partie Est, non pas annexée mais indépendante sous protection russe, et pourquoi pas avec certaines bases militaires de part et d’autres du Dombass et de la ligne de front, mais sans forcément cette fois une capitale coupée en deux comme le furent Berlin ou Vienne et sans adhésion, sine die, à l’OTAN, comme l’Autriche, qui n’est certes plus en première ligne. Il pourrait en être de même en Géorgie. Quant à la possible intégration conditionnelle de la Turquie dans l’UE, c’est une autre histoire, mais qui en semble peut être liée, ce qui ne sera sans doute pas le cas de la Russie, même jusqu’à l’Oural. Mais qui sait…  

The Presidency of the Council of the EU by the Republic of Cyprus, with its strong focus on health and defense, might have gone unnoticed outside of our review events. It ultimately benefited from the crisis with Iran, bringing it back into the spotlight with realities poorly understood by those outside the inner circle. The Battlefield Redefined event, under the patronage of the European Commission, with its governmental, institutional, and industrial contacts, also provided an opportunity for a week of historical, political, artistic, and societal study. This period also highlighted certain international and European realities that can inform the future integration policies of some countries, as well as suggest potential solutions for the island and its environment.

By François CHARLES

Economist and geopolitician, strategy and management expert, former head of international industrial affairs at the DGA (French Directorate General of Armaments), President of the Institute for Research and Communication on Europe (I.R.C.E.)

Who remembers that this European territory, close to the coasts of the Middle East, has a long history of French and Ottoman rule, interspersed with Italian and British presence, the latter still operating from two bases? The French were apparently the first nation to help protect the island upon its independence and enjoy a certain degree of recognition for their land and naval defense industry.

The visit to the Green Line, which could just as easily have been another color, and which still bears the marks of past battles, is a reminder of both the Berlin Wall before its complete closure and Belfast, and that walls still exist in Europe. It also offers glimpses into Georgia and Ukraine, parts of which are occupied, or even annexed, in a tacit way, much like Alsace and Lorraine were on numerous occasions.

Unlike the 1959 independence agreements, the border has divided the country and its capital in two since the attempted Greek takeover and the 1974 Turkish counter-invasion, which was likely halted by British pressure due to the country's continued military presence. The line concretely marks a now identity-based rift between the spheres of influence of these two long-standing enemies, resulting in population displacements. This was not as pronounced during the civil war when the British, with their repression, rejected the 1954 referendum on self-determination in favor of joining Greece, a sentiment echoed by the Turks, who also continue to criticize the European institutions' stance on Cyprus's accession to the EU in 2004.

The Turkish Republic of Northern Cyprus is not annexed and is recognized only by Turkey, which maintains a pervasive presence there, even employing a Hollywood-style advertising campaign, illuminated at night on the mountain north of the capital. Access is possible with just a passport, while residents of the northern part can only travel to the south for a few hours. The southern part is not Greece, despite the numerous flags displayed, especially in Nicosia. The EU has recognized and funds the entire island, just as it continues to fund Turkey through its neighborhood and integration policies, including immigration agreements.

The island is not a member of NATO due to Turkey's veto and Turkey's sole recognition of the northern republic. Therefore, the southern part is under no obligation to support an attack on the north or Turkey, nor vice versa. Religions are more intertwined in the south than in the north, where mosques and churches of all sizes stand side by side, sometimes even vying for attention.

The southern economy is rich in services, including banking, and enjoys a status of near-tax haven for certain groups. It will soon be a contributor to the EU. There is no railway network. While the road network is fairly well developed in the south, providing access to major cities, the same cannot be said for public transport in the north, which suffers from a lack of modernization, even as casinos proliferate in coastal towns. The currencies are the euro and the Turkish lira. The cost of living appears to be significantly higher in the south than in the north.

Apart from the rather rustic old town of Nicosia, its southern and northern parts have been built in a more modern, Western style. The other towns on the island have different but developed characters. Both the north and south are dominated by the service sector and tourism. Agriculture exists but is limited due to the climate.

The museums and monuments recall the country's history, but with a strong sense of rivalry and a more assertive claim in the north. The language used is traditionally strong on the Turkish side, such as "martyrs," referring to battles dating back to the 16th century, or in the Army Museum, which is entirely in Turkish (though thankfully smartphones now translate it), and features an immortal President Atatürk.

Immigration patterns are similar, with Greek and Turkish contributions plus numerous migrants from other countries, as the island is also not part of the Schengen Area. The sense of security seems similar, and the guards at the checkpoint are generally smiling and courteous, unlike those in the two examples mentioned earlier.

While the Cypriot President mentioned the Turkish threat in his opening speech at the aforementioned event, it is noteworthy that neither the Greeks nor the Turks reacted to the deployment of fighter jets to either side of the island following Iranian drone attacks—a first in 52 years. This confirms the recognition of a shared defense based on independence, as well as the discussions that appear to have resumed on both sides of the Green Zone between the two parties. These discussions, along with ongoing UN meetings and facilitation efforts, are largely driven by pressure from the Greek Cypriot population rather than the Turkish Cypriot ones. This active listening approach seems to be making progress in better understanding the situation and resolving related problems, and perhaps even demonstrating that the two sides can indeed coexist.

However, we should recall the Turkish claims to certain Greek islets close to its coasts (see I.R.C.E. dinner), which might also remind us that France does not claim the Channel Islands of perfidious Albion, namely Jersey and Guernsey, the British being more assertive than the French.

By sending frigates and aircraft carriers, France and Italy, Mediterranean nations, felt a sense of solidarity, undoubtedly also due to their shared history, to protect the island as well as the British bases. Why not test a joint protective dome there? The only remaining question is Turkey's position, which has been remarkably silent.

In terms of a laboratory for other tense areas, potentially reconciled in the long term, even though the European Council initially appeared inflexible on Ukraine's borders, the EU could therefore integrate the entire country with an eastern part, not annexed but independent under Russian protection, and perhaps with certain military bases on either side of the Donbas and the front line, but this time without necessarily a capital divided in two as was the case with Berlin or Vienna, and without indefinite membership in NATO, like Austria, which is certainly no longer on the front line. The same could be true for Georgia. As for the possible conditional integration of Turkey into the EU, that's another story, but one that seems perhaps linked, which will probably not be the case for Russia, even as far as the Urals. But who knows…

Chypre, l’île qui ne devait pas être coupée en deux - Cyprus, the island that was not supposed to be cut in two
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